Justice

Vincent Bolloré dans le bourbier africain

Après une garde à vue de 36 heures, le magnat français a été déféré mercredi soir devant les juges pour être mis en examen. En cause: ses agissements au Togo et en Guinée

Le groupe Bolloré est habitué, en Afrique, à construire des digues pour ses infrastructures portuaires et ses terminaux de marchandises. Une autre digue, judiciaire celle-là, semble être toutefois sur le point de céder autour de Vincent Bolloré lui-même.

A l’issue d’une garde à vue de plus de 36 heures, le magnat breton âgé de 66 ans a été mercredi soir déféré devant les juges d’instruction (dont Serge Tournaire, magistrat redouté) et mis en examen, dans le cadre d’une affaire de «corruption d’agents publics étrangers» au Togo et en Guinée. Deux des cadres de son groupe, très présent dans le domaine de la logistique, du rail et du transport maritime, pourraient eux aussi être mis en examen.

Plus qu’un accident de parcours

Le sort judiciaire de Vincent Bolloré est, en France, bien plus qu’un simple accident de parcours capitalistique. Actionnaire majoritaire de l’agence de communication Havas, détenteur d’une minorité de blocage au sein du groupe Vivendi et propriétaire des chaînes Canal+ et C8, ce grand nom du capitalisme hexagonal est un acteur de premier plan dans les médias, et ses réseaux sont réputés faire la pluie et le beau temps dans la «Françafrique», le pré carré des anciennes colonies françaises sur le continent noir.

L’objectif de sa garde à vue, dont il avait été informé par avance, était de déterminer si son groupe a recouru aux services d’Havas pour aider à faire élire les présidents guinéen Alpha Condé (réélu pour un second mandat en 2015) et togolais Faure Gnassingbé (réélu pour un troisième mandat en 2015). Objectif? Consolider son emprise économique sur les infrastructures de leurs pays et y obtenir en 2010 pour sa filiale Bolloré Africa Logistics des concessions portuaires et des terminaux de conteneurs.

Possibles répercutions au sein de Telecom Italia

L’action du groupe Bolloré a la bourse de Paris a, sans surprise, subi deux baisses consécutives, de 4% mardi et de 2,2% mercredi. La mise en examen de ce patron parmi les plus puissants de France, considéré comme l’un des meilleurs raiders financiers d’Europe, pourrait avoir aussi des répercussions sur le duel qu’il mène depuis plusieurs mois au sein de Telecom Italia (dont Vivendi détient 24%) contre le fonds américain Elliott, qui cherche à l’écarter de ce dossier stratégique pour faire prévaloir son propre plan stratégique. Une assemblée générale des actionnaires de Telecom Italia est en effet prévue le 4 mai.

Or selon des familiers du dossier, le fonds Elliott pourrait avoir décidé de faire cause commune avec l’un des plaignants dans l’affaire du Togo et de la Guinée: l’homme d’affaires Jacques Dupuydauby, dont le groupe Progosa a perdu la concession portuaire de Lomé (Togo). Les financiers américains ont, ces dernières semaines, multiplié les contacts pour rallier à leur cause une majorité d’actionnaires de Telecom Italia.

Une tempête inédite

Il est peu probable que les deux chefs d’Etat africains concernés lâchent le magnat breton, connu pour sa foi catholique, son amitié avec l’ancien président Nicolas Sarkozy et ses émissaires africains, qui sont souvent d’anciens militaires français. Alpha Condé comme Faure Gnassingbé ont au contraire intérêt à préserver la stabilité économique de leurs pays, où le groupe Bolloré est en position dominante. Présumé innocent, le Breton Vincent Bolloré n’en affronte pas moins une tempête inédite qui risque de fragiliser sa mainmise dans les médias hexagonaux.

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