20 ANS

Depuis vingt ans, la Suisse mise sur l’Asie

Sans tourner le dos à l’Union européenne, la Suisse se tourne de plus en plus vers le continent asiatique, plus particulièrement vers la Chine. Durant ces 20 dernières années, les relations se sont métamorphosées dans tous les domaines

Le Temps fête ses 20 ans ces mois. Né le 18 mars 1998, il est issu de la fusion du Journal de Genève et Gazette de Lausanne et du Nouveau quotidien. Nous saisissons l’occasion de cet anniversaire pour revenir sur ces 20 années, et imaginer quelques grandes pistes pour les 20 suivantes.

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Entre la Suisse et l’Asie, c’est une vieille histoire d’amitiés. Surtout économiques. Mais celles-ci se sont encore raffermies durant ces vingt dernières années. Notamment avec la signature de trois accords bilatéraux de libre-échange avec trois poids lourds: la Corée du Sud (2006), le Japon (2008) et la Chine (juillet 2013).

Berne n’entend pas arrêter en si bon chemin. La Confédération négocie, non sans difficulté, avec l’Inde, l’Indonésie, la Malaisie, la Thaïlande et le Vietnam un accès facilité à leur marché prometteur.

Cette volonté de rapprochement ne date pas d’hier. Il y a exactement vingt ans, la Confédération avait accueilli l’assemblée générale annuelle de la Banque asiatique de développement à Genève. Elle en est actionnaire et occupe un siège au sein de son comité directeur.

La Suisse a ensuite participé aux sommets bisannuels Europe-Asie à partir de 2014. L’Association des nations du Sud-Est asiatique (ASEAN) lui a conféré le statut de «Partenaire de dialogue sectoriel». En 2016, elle est devenue l’un des premiers membres fondateurs de la Banque asiatique d’investissements pour les infrastructures, une initiative chinoise concurrente de la Banque mondiale. La même année, Doris Leuthard, alors présidente de la Confédération, figurait parmi les rares chefs d’Etat à participer à la cérémonie inaugurale de la Nouvelle Route de la soie, qui reliera l’Asie à l’Europe par route, rail et mer.

Des millions de consommateurs

«De nombreuses entreprises suisses se sont dirigées vers l’Asie en tant qu’exportateurs et importateurs, mais aussi en tant qu’investisseurs et producteurs, souligne le Secrétariat d’Etat à l’économie (Seco). Les économies émergentes d’Asie représentent un énorme potentiel par la taille de leur marché et une classe moyenne consommatrice en pleine croissance.»

Selon le Seco, l’Union européenne (UE) restera le premier partenaire commercial de la Suisse, en raison notamment «du haut niveau d’intégration de l’économie helvétique dans le marché intérieur». En 2017, sa part dans le commerce extérieur suisse était encore de 62%. La tendance est toutefois à la baisse, au profit de l’Asie, qui occupe désormais le 3e rang, après les Etats-Unis.

En réalité, c’est la Chine qui occupe le rôle central dans les relations économiques et commerciales avec la Suisse. Les importations venues de ce pays sont passées de 1,6 milliard en 1998 à 12,9 milliards de francs en 2017, soit une augmentation de 775%. Les exportations vers la Chine ont crû encore plus vite, passant de 806 millions de francs il y a vingt ans à 11,4 milliards l’an dernier. 1414% de plus.

Le Fribourgeois Nicolas Musy est un témoin privilégié de la montée en puissance du géant asiatique. «J’étais fasciné par les produits chinois arrivant sur le marché suisse déjà dans les années 1980, raconte-t-il. C’est ce qui m’a donné l’idée d’importer des tricots en cachemire pour le compte de la fabrique Walter Knoepfel, à Saint-Gall. Mes contacts chinois pouvaient façonner les produits au goût des clients suisses. Le premier lot de tricots livrés aux magasins Bongénie avait moins de 1% de rejet. Dès ce moment, j’ai compris que l’avenir se trouvait en Chine.»

Nicolas Musy est aujourd’hui installé à Shanghai. Il s’est érigé, au fil des années, en pivot incontournable des relations économiques Suisse-Chine. Cofondateur de la société de conseil China Integrated il y a vingt ans, il a aidé environ 300 entreprises à s’installer ou à commercer en Chine. «Ce pays offre aussi un marché énorme aux exportateurs suisses, dit-il. Ces derniers doivent comprendre que les consommateurs chinois sont désormais prêts à mettre le prix pour des produits de qualité.»

Genève se rêve en carrefour

Ce message a été entendu. Chaque année, des missions de prospection tant au niveau fédéral que cantonal visitent la Chine. «Notre intérêt est avant tout de faire venir des entreprises asiatiques à Genève», explique Michael Kleiner, délégué au développement économique.

Dernier grand succès en date: l’arrivée de COFCO, un géant chinois du négoce, en 2015. Dirigée par le conseiller d’Etat genevois Pierre Maudet, la prochaine mission se rendra début juillet à Shenzhen, Shanghai, dans la province de Guangdong ainsi qu'à Hangzhou, la ville d’Alibaba, le champion chinois du commerce en ligne. Pour Michael Kleiner, Genève a le potentiel pour devenir une tête de pont des entreprises asiatiques qui veulent mettre un pied en Europe.

La Suisse compte aussi sur les touristes chinois, plus en plus nombreux à voyager et provenant d’un bassin de 170 millions de personnes de la classe aisée. Selon Suisse Tourisme, les visiteurs chinois représentaient 1,4 million de nuitées en 2017. En 2022, elles dépasseront les 2 millions. Ce qui fera de la Chine le quatrième plus important marché étranger pour le tourisme suisse après l’Allemagne, les Etats-Unis et le Royaume-Uni. Il y a vingt ans, c’était moins de 100 000 nuitées. Un apport d’autant plus intéressant que les Chinois sont dépensiers. Leur budget quotidien est de 330 francs par personne, contre une moyenne de 180 francs en moyenne pour les autres touristes.

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