Unique sans doute, à tout le moins fort rare, le fait de voir des entreprises concurrentes collaborer à divers projets de recherches communs est une réalité en horlogerie. Sous l'égide de l'Association suisse pour la recherche horlogère (ASRH), plusieurs études sont menées dans l'optique d'améliorer la qualité environnementale ou la fiabilité de certains composants. Avec pour objectif principal la promotion et le développement de la montre mécanique, l'ASRH, réunissant plus de 70 industriels, est l'une des dernières plates-formes de l'industrie horlogère sur laquelle se retrouvent les grandes manufactures pour évoquer des problèmes techniques communs.

Trois études ont été initiées par l'ASRH et sont financées par une vingtaine de sociétés membres de l'association, des plus grandes manufactures indépendantes au groupe Richemont, en passant par des sociétés de Swatch Group ou de LVMH. Ces recherches sont en cours dans plusieurs Hautes écoles ou laboratoires de pointe. Car telle est aussi la mission de l'ASRH: intéresser les Hautes écoles aux problèmes et attentes de l'horlogerie, elles qui ont souvent été «orientées» par l'industrie de la machine-outil ou du secteur pharma.

La première recherche est axée sur l'amélioration de la lubrification de la montre mécanique. Elle est le fruit d'une collaboration entre l'ASRH, le Laboratoire fédéral d'essais des matériaux et de recherches (EMPA) de Dübendorf et l'Ecole d'ingénieurs du canton de Neuchâtel (EICN). L'intérêt de pouvoir disposer des lubrifiants à hautes performances est évident, dès lors que plus personne ou presque aujourd'hui n'accepte de devoir rapporter sa montre tous les trois ans pour changer les huiles – et donc payer un service – pour une montre mécanique acheter plusieurs milliers, voire plusieurs dizaines de milliers de francs. Si l'amélioration de la qualité des huiles fut un premier objectif, l'avenir appartient toutefois à la montre à lubrifiant solide.

«Les produits qui domineront le marché au XXIe siècle seront très probablement constitués de composants irréprochables du point de vue écologique, précise Pierre Debély, directeur de l'ASRH. Objet d'art et de convoitises conjuguant hautes technologies, savoir-faire et génie artistique, la montre mécanique devra se plier à ces contraintes. C'est pourquoi l'une des priorités de l'ASRH est de promouvoir des technologies et des composants respectant l'environnement. Une seconde recherche entreprise par la communauté horlogère concerne le domaine des aciers non allergéniques pour boîtes et bracelets. De fait l'acier inoxydable, très en vogue actuellement, libère des ions nickel et chrome lorsqu'il est corrodé par la sueur. Chez certains porteurs, ce phénomène peut provoquer des réactions d'allergie. Le but de la recherche initiée par l'ASRH avec l'EPFZ entend trouver les voies pour réduire cette libération de nickel et de chrome à des valeurs bien inférieures aux normes actuelles ou à venir.

La troisième recherche est conduite par l'Université de Lausanne et l'EPFL dans le domaine des matériaux phosphorescents non radioactifs pour cadrans et aiguilles. Au vu du probable accroissement des exigences liées à l'usage des matériaux radioactifs, l'utilisation du sulfure de zinc activé au tritium deviendra plus difficile. Ainsi la découverte d'un matériau non radioactif à haute brillance et longue persistance lumineuse devient fondamentale pour l'industrie horlogère suisse. Elle est même un enjeu stratégique dès lors que le seul matériau performant non radioactif utilisé actuellement est produit par une société japonaise dont il n'est pas assuré qu'elle accepte toujours de servir l'horlogerie suisse. Lorsque l'on sait que diverses montres suisses avec des cadrans ou aiguilles au tritium ne rentrent plus dans certains pays, on apprécie mieux tout l'intérêt de cette recherche.