Si ce 11 novembre est un jour ordinaire pour les Suisses, ce n’est pas le cas pour les Chinois qui fêtent le «Singles Day», littéralement la journée des célibataires, contre-pied à la Saint-Valentin. Durant 24 heures, plus de 40 000 marques asiatiques et internationales, dont Nestlé pour la première fois, vont casser les prix de leurs produits. Ils seront des millions à se ruer sur le site d’Alibaba, plus grand revendeur sur Internet de Chine. Malgré une économie nationale stagnante, son fondateur, Jack Ma, espère récolter plus de 20 milliards de dollars avec les ventes de ce jour.

Pour atteindre son objectif, Alibaba a mis en place tout un arsenal de techniques marketings: 8 heures de défilé de mode pour permettre aux clients de réserver les articles présentés; une chasse aux chats, similaire à Pokémon Go, via la réalité augmentée pour gagner des cadeaux; un voyage à New York chez Macy’s, sans sortir de la Chine, grâce à la réalité virtuelle, etc.

Une frénésie relative

Les chiffres générés en 2015 font tourner la tête: un pic de 1100 paiements par seconde, 9000 transactions par minute, 5 milliards de dollars dépensés durant les 90 premières minutes de la journée. Au total, les 278 millions de ventes ont généré 14.3 milliards de dollars, soit près de trois fois la somme récoltée durant les deux jours de soldes américains réunis, «Black Friday» et «Cyber Monday».

«Divisé par le nombre d’habitants, cela revient à environ 10 dollars par personne», précise Marc Laperrouza, chargé de cours sur l’économie chinoise à l’EPFL et à la HEC de Lausanne. «Il faudrait au moins un Singles Day par mois pour stimuler la consommation domestique et ainsi participer au rééquilibrage de l’économie du pays.»

Des chiffres qui manquent de réalisme

Des chiffres impressionnants qui pourtant manquent de réalisme. Car ils ne prennent pas en compte les retours de marchandises et les défauts de paiements. Le centre de recherche américain Gartner & Co estime ce nombre à 25% en moyenne. Un taux non confirmé par Alibaba. Les résultats de la journée des célibataires ont également attisé la curiosité du gendarme boursier américain (SEC) qui soupçonne certains vendeurs d’acheter leurs propres produits pour accroître leur visibilité. L’enquête suit son cours.

Pourquoi, les Suisses n’ont-ils pas réussi à importer ce concept de soldes sur un seul jour? Marc Laperrouza avance un élément d’explication possible: «En Suisse, il y a moins cette culture de surconsommation comme aux USA et la culture du cadeau y est moins développée qu’en Chine.»


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