La diplomatie du téléphone bat son plein entre Barack Obama et les dirigeants européens, à propos de la régulation financière mondiale.

Après avoir conversé avec Nicolas Sarkozy, Gordon Brown et le premier ministre suédois Fredrick Reinfeldt – président en exercice de l’UE – le chef de l’Etat américain doit s’entretenir ce vendredi avec la chancelière allemande Angela Merkel. «J’ai confiance dans M. Obama. Je lis ces discours, a asséné le président français à l’issue du sommet. Nous devons maintenant tous ensemble, devant le monde entier, mettre nos actes en accord avec nos paroles». Les divergences entre les Etats-Unis et l’UE étaient apparues au grand jour cette semaine lorsque M. Obama a écarté l’idée, réaffirmée par les Européens, d’une limitation des primes et bonus payés par les établissements financiers.

Le communiqué final de l’UE réaffirme une ambition et des modalités d’action. L’ambition reste celle d’une nouvelle régulation financière internationale, qui concerne aussi bien la supervision des banques et des opérations spéculatives que les règles comptables. Les Vingt-Sept demandent ainsi la généralisation du règlement Bale II (que les Etats-Unis n’appliquent pas) «d’une façon consistante et coordonnée». La volonté de réforme des institutions financières internationales, notamment de la distribution des sièges au FMI, est aussi réaffirmée.

Sur la question très politiquement sensible des bonus et des primes versés par les établissements financiers, l’unité a été préservée. Le Premier ministre britannique, présumé réticent compte tenu du poids de la City, avait d’ailleurs tenu à dire, avant l’ouverture des débats, «qu’il partageait la colère suscitée par ce système de rémunérations qui privilégie les opérations à court terme». L’idée avancée par l’UE au sommet de Pittsburgh est celle d’une indexation des bonus sur les performances des banques. Le communiqué final propose «d’explorer les moyens de limiter le total de ces rémunérations variables à une certaine proportion de leurs revenus ou profits».

M. Sarkozy a pour sa part estimé qu’un accord pouvait être trouvé à Pittsburgh autour d’un système de «bonus-malus» qui établirait un lien entre les fonds propres des banques et leurs opérations spéculatives, et qui imposerait un paiement échelonné des primes sur au moins trois ans pour tenir compte d’éventuels revers de fortune. «La piste des fonds propres, calculés dans les comptes consolidés, est la plus efficace parce que plus globale» a expliqué le président français.

Selon ce dernier, des questions ont aussi surgi lors du diner, notamment de la part du premier ministre portugais et du chancelier autrichien, sur l’idée d’une taxation des mouvements spéculatifs. La chancelière allemande Angela Merkel aurait dit ne pas l’écarter, s’il s’agit d’une décision mondiale. Ce qu’avait durant la semaine également dit à Strasbourg le président de la Commission européenne José-Manuel Barroso. D’où cette conclusion de M. Sarkozy: «La crise a au moins un mérite: elle a libéré notre réflexion».