Le viol des brevets gêne les relations avec l’Inde

Pharma Le gel des négociations de l’accord de libre-échange n’empêche pas le dialogue

Alors que les relations entre la Chine et la Suisse sont au beau fixe après la signature, mercredi à Davos, d’un accord sur les médicaments, celles avec l’Inde, autre grand marché asiatique, sont devenues plus compliquées.

L’accord de libre-échange avec la Chine est suivi d’effets, mais celui en chantier depuis 2008 avec l’Inde est gelé. Les négociations butent sur la question du respect de la propriété intellectuelle, en particulier les brevets pharmaceutiques. Cela n’a cependant pas refroidi le Forum commercial Suisse-Inde qui a récemment organisé une première rencontre à Zoug entre une septantaine de représentants de l’industrie pharmaceutique des deux pays.

Croissance à deux chiffres

Les participants indiens ont insisté sur les perspectives du marché pharmaceutique indien, dont la croissance attendue de 11 à 15% par an, selon les analystes de PwC, devrait le faire passer d’un peu plus de 30 milliards de dollars aujourd’hui à 74 milliards en 2020. «L’Inde possède un énorme potentiel de développement de l’industrie pharmaceutique à cause de la grande taille du pays et des importants besoins de santé non satisfaits», relève Amit Kukreja, directeur commercial de la société Second Sight, spécialisée dans les implants oculaires.

L’industrie pharmaceutique suisse sait comment produire des médicaments de bonne qualité en grande quantité. C’est exactement le savoir-faire que doit acquérir l’Inde pour pouvoir développer une production à grande échelle. Les entreprises indiennes, dont certaines, comme Sun Pharmaceutical, Cipla, ou Glenmark présente à La Chaux-de-Fonds, génèrent un chiffre d’affaires annuel supérieur à 1 milliard de dollars, sont spécialisées dans la fabrication de génériques pour le marché indien et les pays émergents.

Génériques contestés

La moitié de la production, le plus souvent des médicaments originaux «copiés», est exportée. La faible protection des brevets par la législation indienne crée des tensions avec les sociétés occidentales. «La protection intellectuelle n’est pas assurée en Inde, constate Thomas Cueni, secrétaire général d’Interpharma. Ce fut le cas en avril 2013 avec le produit anticancéreux Glivec de Novartis, et c’est toujours le cas aujourd’hui, comme le montre le refus d’accorder un brevet à Gilead concernant le médicament Sovaldi contre l’hépatite C, sous prétexte qu’il manque d’innovation. Ce refus pour un médicament qui guérit la maladie est d’autant moins compréhensible que cette entreprise américaine a signé des licences volontaires avec sept sociétés pharmaceutiques indiennes pour la vente à prix cassé dans 91 pays en voie de développement.»

Amit Kukreja répond que «l’accès aux soins fait partie des droits humains. Or, le coût élevé des médicaments brevetés crée en Inde de fortes inégalités dans le système de santé. Il ne faut pas oublier que 270 millions d’habitants disposent de moins de 1,25 dollar par jour pour vivre. Cela dit, le problème de la propriété intellectuelle est à la fois complexe et chargé de beaucoup d’émotion. Cela exige de rassembler de nombreuses parties prenantes. C’est un long processus, mais pas impossible à réaliser avec succès en Inde».