La 7e Conférence ministérielle de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) débute ce lundi à Genève sur un goût amer. La manifestation organisée samedi par les altermondialistes s’est transformée en guérilla urbaine, avec des confrontations directes entre forces de l’ordre et quelque 200 casseurs qui avaient infiltré un impressionnant cortège de plus de 3000 personnes. Celui-ci avait débuté à la Place Neuve avant d’être dissout aux Paquis.

Plusieurs voitures ont été saccagées ou incendiées. De nombreuses vitrines de banques, d’hôtels, de bijouteries et autres commerces ont été brisées au centre de Genève. Les dégâts n’ont pas encore été estimés. Les forces de l’ordre ont fait usage de canons à eau, de grenades lacrymogènes et autres fumigènes, ainsi que de balles en caoutchouc pour disperser les émeutiers. Ces derniers, membres du Black Blocks, mouvement anarchiste implanté surtout en Suisse alémanique, pour la plupart cagoulés et tout vêtus de noir, étaient équipés de marteaux, barres de fer et autres outils avec l’intention de faire de la casse.

La police a interpellé 33 manifestants violents. Elle a enregistré une cinquantaine de plaintes de la part des sociétés ou personnes lésées par la violence. Par contre, elle rejette l’accusation selon laquelle elle a laissé faire les casseurs pendant au moins une quinzaine de minutes avant d’intervenir. Selon les organisateurs de la manifestation, les casseurs étaient clairement identifiables avant même le départ du cortège. Ils estiment par ailleurs que la police a laissé faire pour pouvoir disperser l’ensemble de la manifestation un peu plus tard. Le porte-parole de la police s’en défend: «Il a été difficile d’intervenir au milieu de la foule et il fallait attendre que les manifestants pacifiques s’écartent des émeutiers avant de passer à l’action.» Il a aussi défendu les contrôles préventifs, jugés provocants par les organisateurs. De nombreux matériels dangereux ont été saisis, a-t-il dit à l’ATS.

Le Collectif anti-OMC a simplement déploré le fait qu’une petite minorité de casseurs ait pris la manifestation pacifique en otage. Son propre service d’ordre a été en effet rapidement dépassé par les événements. Certains observateurs font remarquer qu’il ne condamne pas fermement les casseurs. Uniterre, syndicat paysan suisse qui avait mobilisé ses nombreux membres, déplore que la police ne soit pas en mesure de gérer des événements d’une certaine ampleur. Il dénonce aussi le fait que trois leaders paysans sud-coréens aient été interdits de territoire suisse à leur arrivée à l’aéroport de Genève vendredi soir. Dimanche soir, ils étaient encore détenus en attendant leur refoulement.

Dans un communiqué de presse publié dimanche, le directeur de l’OMC Pascal Lamy déplore qu’«une expression pacifique de mécontentement de la part de personnes qui manifestent de bonne foi leur désaccord avec l’OMC ait été perturbée par les actes violents de quelques-uns qui ne souhaitent ni dialogue ni interaction constructive». Il ajoute que l’OMC est et continue d’être ouverte au débat avec la société civile.

Les violences de samedi font l’objet de diverses appréciations dans le monde politique. Sandrine Salerno, conseillère administrative de la Ville de Genève et membre du Parti socialiste genevois condamne la prise en otage de la manifestation par une minorité, mais estime que cet événement ne doit en aucun cas servir de prétexte pour mettre en cause le droit démocratique des citoyens de manifester. Par contre, dans une interview au Matin dimanche, Olivier Jornot, président du Parti libéral genevois et député au Grand conseil, espère que «le nouveau gouvernement saura faire la balance entre la sécurité de la ville et le droit de manifester, et qu’il interdira dorénavant ce genre de manifestation aux germes violents».

Les casseurs étaient clairement identifiables avantle départ du cortège