Energique et décidée, Isabel ­Borel semble particulièrement sensible au bruit ambiant du restaurant dans lequel nous avons rendez-vous. Elle préfère trouver un endroit plus calme en terrasse. Cette ouïe fine, elle la doit certainement à sa première vocation de violoniste et altiste. Dès l’âge de 5 ans, elle se lance dans sa passion. «Je ne connais pas de métier où l’on doit s’engager aussi tôt», souligne cette Allemande qui a étudié la musique au Conservatoire de Freiburg. Elle connaît rapidement une carrière internationale, enchaîne les concerts, enregistre des disques puis rejoint l’Orchestre symphonique de Bâle. «C’est un milieu très particulier, assez militaire, avec des tâches très précises, explique-t-elle. Entre répétitions et concerts quotidiens, les cours et la musique de chambre, il faut être performant tous les jours.» Une rigueur qui ne l’a jamais quittée.

Un problème de santé survient alors qu’Isabel Borel a 30 ans. Elle doit subir une opération qui a des répercussions sur un nerf. «Cette intervention a eu un impact négatif sur ma musique. J’ai décidé de tout arrêter et j’ai vendu mes instruments», se souvient-elle. Un choix douloureux qui l’oblige à repartir de zéro. «Avant, j’attendais que le téléphone sonne. J’avais toujours du travail en tant qu’artiste. Et là, j’avais tout à construire.»

Paniquée les vendredis soirs

Installée à Genève, elle écrit et traduit alors des textes, toujours en rapport avec la musique. Puis elle trouve un emploi dans une agence qui gère les contrats et les voyages des artistes. En 2002, elle décide de changer complètement d’orientation. «Je voulais découvrir un autre univers.» Isabel Borel trouve alors un emploi chez Schindler à Genève en tant qu’assistante de direction. «Le plus difficile au début, dans cette nouvelle vie, était les horaires fixes et le congé des week-ends. J’étais presque paniquée le vendredi soir», se souvient-elle avec le sourire.

Puis, elle rejoint la Télévision Suisse romande pour finalement devenir assistante de direction chez Symbiotics, une entreprise spécialisée dans la microfinance. «Je me sens enfin à ma place dans une entreprise qui réunit deux éléments clés: performance et engagement.» Quant au violon, après avoir fait une pause de huit ans, elle joue de nouveau mais pour le plaisir, tout en donnant des cours. «Dans le monde de la musique, je suis comme un poisson dans l’eau», explique-t-elle sans aucune nostalgie .