Les ressortissants de l'Euroland qui règlent par transfert bancaire la location de leur maison de vacances ou un achat dans un autre pays que le leur ont de quoi être déçus: les virements transfrontaliers dans la zone euro restent très chers alors que leur coût devrait avoir baissé avec l'avènement de l'euro et la disparition du risque de change. C'est le constat dressé jeudi par le Bureau européen des unions de consommateurs (BEUC) sur la base d'une vaste enquête réalisée dans cinq pays.

Les responsables politiques l'avaient claironné en janvier dernier, en portant la monnaie unique sur les fonts baptismaux: l'euro ferait le bonheur du consommateur, en lui permettant d'économiser les frais de change et en réduisant le coût des virements transfrontaliers entre les onze pays de l'Euroland. Six mois plus tard, c'est la désillusion. «Nous sommes obligés de conseiller aux consommateurs de réfléchir à deux fois avant d'acheter quelque chose à l'étranger car les coûts du transfert d'argent annulent en général la différence de prix», se désole Françoise Domont-Naert, de Test-Achats, l'association belge de défense des consommateurs.

Tests dans cinq pays

Théoriquement, l'euro aurait dû contribuer à faire baisser le coût des virements transfrontaliers. Le BEUC a voulu en avoir le cœur net. Il a fait procéder à des virements de 100 euros (160 francs) auprès de cinq banques dans cinq pays: Belgique, France, Portugal, Italie et Espagne. La consigne était à chaque fois identique: que le bénéficiaire soit crédité d'un montant net, l'expéditeur prenant les frais à sa charge. Les résultats ont de quoi surprendre.

Le BEUC reconnaît que les frais ont en général baissé, bien que légèrement seulement, hormis en Espagne où ils ont augmenté de 25%! Le coût moyen d'un transfert de 100 euros était de 17,8% en 1998. Il est tombé cette année à 15,9%. L'association européenne des consommateurs juge cependant que le montant de 16 euros (25,50 francs) reste trop élevé, d'autant qu'il s'agit d'une moyenne. Un virement de 100 euros de la Belgique vers la France est facturé 7,5 euros, mais jusqu'à… 73 euros pour un transfert du Portugal vers l'Italie!

Autre cas aberrant: un virement de la Belgique vers la France coûte 9 euros, mais 30 euros dans le sens inverse. De quoi laisser le consommateur perplexe.

Plus inquiétant: la plupart du temps, les banques ont tout simplement ignoré les consignes de l'expéditeur, qui avait pourtant exigé que le bénéficiaire soit crédité du montant net. Une demande légitime, le virement visant en général à régler un montant précis. Les banques n'en ont cure. Ainsi, sur 126 transferts effectués depuis la Belgique, le BEUC a recensé 37 cas de double tarification. Cette pratique sera interdite avec l'entrée en vigueur d'une nouvelle directive (loi) européenne le mois prochain. Mais les institutions financières attendent manifestement le dernier moment pour s'y conformer.

A noter encore que l'argent met toujours beaucoup de temps à parvenir à son destinataire. Les virements au départ de la Belgique ont pris en moyenne 4,83 jours ouvrables (5,3 en 1998) pour arriver dans l'autre pays. Une légère amélioration, la législation européenne fixant aujourd'hui ce seuil à 5 jours ouvrables. «A l'heure des systèmes de transfert électronique, ce n'est pas un objectif très ambitieux», regrette cependant Jim Murray, directeur du BEUC, en critiquant la fiabilité des services bancaires. A raison: il n'est pas rare que l'argent se perde dans la nature; sur 110 virements vers l'Italie, 17 se sont littéralement égarés…