L’agence Virtua veut créer un terreau fertile pour voir éclore des start-up digitales

Internet Finaliste du Prix SVC Suisse romande 2014, la PME vaudoise poursuitses investissements

Un «accélérateur» est également en vue

Vous connaissez le RTB, le «real time bidding», enchères en temps réel en anglais? Le principe fut d’abord popularisé par Google à travers son réseau de liens commerciaux Adwords, dans le cadre duquel les enchères sont liées à des mots clés utilisés lors des requêtes. Aujourd’hui, le principe du RTB s’applique à l’achat d’espaces publicitaires display (sur Internet: bannière, pavé vidéo, etc.) via des plateformes comme Ad Exchange, et connaît une croissance exponentielle.

Avec cette arme de marketing digital, bienvenue dans le jargon de l’entreprise Virtua à Etoy (VD). Née juste avant la bulle internet de 2000-2001, l’agence digitale vaudoise a survécu, devenant presque, après seulement quinze ans d’existence, un «dinosaure» du marché. La PME s’est sans cesse adaptée à son nouveau terrain de jeu pour rester un des leaders du marché romand. «Nous proposons des stratégies et des créations digitales complètes, en concevant, réalisant, hébergeant et assurant la promotion de projets web, mobile et des médias sociaux», détaille Steve Savioz, directeur général de l’entreprise, finaliste du Prix SVC Suisse romande 2014, qui sera remis demain à Lausanne.

Avec des chefs de projets, des designers, des développeurs, des pros du marketing, etc., l’agence se veut entièrement intégrée pour pouvoir accompagner ses clients de A à Z. Parmi son portefeuille historique figurent de prestigieux noms, comme Nespresso, Greubel Forsey, la Fondation de la haute horlogerie ou la BCV.

Forte de 71 collaborateurs, elle a réalisé l’an dernier un chiffre d’affaires de 13 millions de francs. Cette année, la hausse des revenus devrait atteindre 8%. Une croissance de 30%, comme celle enregistrée les années auparavant, n’est donc plus au rendez-vous. «Nous avons atteint un palier de croissance et nous devrions désormais sortir de la Suisse romande ou procéder à des acquisitions à l’étranger», analyse le Valaisan. L’entrepreneur a choisi une autre voie: se réinventer une nouvelle fois en tant que groupe.

A l’avenir, Virtua restera une agence numérique avec une antenne à Sion, mais elle veut également fournir une structure d’investissement et développer un incubateur pour agiter l’écosystème web. «Nous voulons créer un pôle technologique, car la Suisse est confrontée à un manque de densité de start-up digitales. C’est pourquoi certaines s’expatrient», analyse Steve Savioz. Il pense par exemple à Housetrip, cette société fondée à Lausanne, qui propose des locations d’appartements ou de villas entre particuliers, transférée à Londres.

L’entreprise d’Etoy entend poursuivre ses investissements par l’entremise d’un fonds, auquel elle souhaite intégrer des partenaires externes. Le bon coup réalisé par la revente du site de rencontres Swissfriends à Edipresse en 2008 a non seulement permis d’offrir un coussin financier de sécurité, mais a aussi réveillé la fibre investisseuse des dirigeants. Depuis, ils ont pris des participations dans les compagnies internet The Oh Company (coffrets cadeaux Ohbox), Attractive World (site de rencontres haut de gamme), Mystore (ventes privées), Investment By Objectives (comparaison des performances de gestion). Cet été, la firme a également acquis 20% du capital de Hosco, une plateforme de recrutement spécialisée.

Outre ce véhicule financier, Virtua planche sur la création de son «accélérateur», à la mode de la Silicon Valley – sur un ton particulièrement décontracté. Seule contrainte: celui-ci devra voir le jour à proximité de l’agence digitale, afin de pouvoir développer des synergies entre les start-up et la PME. «Pour que chacun soit gagnant, Virtua doit également pouvoir intégrer une partie de l’innovation née dans ces sociétés pour pouvoir la transmettre à ses propres clients», précise le dirigeant.

C’est tout un changement de philosophie à apporter. Chaque collaborateur peut devenir un entrepreneur. C’est par exemple le cas de Raphael Garcia, qui dirige désormais la société Euranka. Née d’un projet interne, cette start-up spécialisée dans l’acquisition et la revente réalise déjà un chiffre d’affaires de plus de 3 millions de francs. Un deuxième projet, E-ski, constitue le prochain spin-off de Virtua. Il s’agit d’un système de recharge de passes pour les remontées mécaniques, utilisé par exemple à Crans-Montana ou aux Diablerets.

Dans ses objectifs, l’entreprise souhaiterait réunir l’ensemble de ses activités sur un même site et lorgne déjà sur certains locaux. «Nous sommes entièrement autofinancés, mais pour réaliser ce projet, nous savons déjà que nous devrons obtenir des fonds externes», conclut Steve Savioz.

«Pour réaliserce projet, nous savons déjà que nous devrons obtenir des fonds externes»