Opinion

La viticulture high-tech sera un plus écologique, aussi en Suisse

L’heure est aux remises en question permanentes concernant les approches culturales viti-vinicoles comme pour le reste de l’agriculture d’ailleurs, avance le Dr Jean-Charles Estoppey, médecin de famille et vigneron, président de Terres de Lavaux à Lutry

Après les débats au sujet de la viticulture biologique, qui est incontestablement un objectif légitime, passionnant voire impératif mais, dans nos conditions géographiques et climatiques suisses, encore bien discutable sous divers aspects, voici venir le temps de la viticulture high-tech ou smart viticulture. Elle peut incontestablement apporter des solutions intéressantes du point de vue écologique également.

Ces nouvelles approches font intervenir des technologies qui effectivement ont un potentiel d’amélioration de l’agri-viticulture majeur. Elles font appel à différents moyens techniques souvent utilisés en complémentarité, dont les drones sont les plus spectaculaires.

Ces engins téléguidés sont déjà utilisés dans certains vignobles, le plus souvent encore en phase de test, ou de certification réglementaire, avec de nombreuses possibilités d’utilisation.

Remplacer les hélicoptères

Sous nos latitudes, dans nos vignobles pentus, en terrasses et difficiles d’accès, ils pourraient bientôt remplacer les hélicoptères bruyants et polluants, voire les petits tracteurs ou chenillettes portant les turbo-diffuseurs, pour les traitements de protection de la vigne. Leur maniabilité, la précision de leurs évolutions grâce au pilotage GPS et le fait qu’ils peuvent se déplacer très près des vignes diminuent beaucoup les besoins en volumes de liquides, malgré la faible capacité de leurs réservoirs. Par contre, il existe aussi des facteurs limitant leur utilisation, comme le vent fort ou la pluie, ou leur autonomie énergétique relativement faible.

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D’un point de vue écologique, le bénéfice sera important: quasi pas de bruit, des applications de produits très précises, épargnant les habitations, jardins ou parcelles adjacents, des économies de volumes et donc moins de pertes ou de lessivage. La précision de leur épandage va aussi permettre de réduire encore les quantités de produits, que cela soit en bio ou en production intégrée. De plus, pas d’utilisation d’essence, de diesel ou de kérosène et pour les zones traitées avec des tracteurs ou des chenillettes, pas de compaction des terrains, pas d’exposition du vigneron aux produits de traitements.

Concernant l’obtention de données et d’informations culturales, les images obtenues par les caméras des drones peuvent apporter des informations de plusieurs natures: en fonction du spectre utilisé, qui peut comporter les longueurs d’onde décelées par l’œil humain mais aussi au-delà, dans l’infrarouge notamment, on pourra détecter des carences en certains nutriments, comme l’azote, et donc en cibler précisément les apports éventuels. On pourra même découvrir la présence de maladies de la vigne, comme la fameuse flavescence dorée. Cette dernière est arrivée en Suisse romande récemment. Elle fait l’objet d’une surveillance étroite, jusqu’à présent uniquement par l’observation visuelle du vigneron.

L’internet des objets

D’autres moyens technologiques ont été adaptés à l’agri-viticulture, en faisant appel à l’internet des objets, comme l’automatisation des machines de labour ou de prétaillage par exemple, pilotées uniquement par GPS et disposant de capteurs gérant la profondeur des sillons ou la hauteur de coupe des sarments. Mais ils ne sont bien sûr pas utilisables dans les micro-parcelles de nos vignobles en terrasses de Lavaux ou des coteaux du Valais. Par contre, dans les grandes parcelles mécanisables, en Suisse mais bien sûr surtout dans les immenses vignobles d’Europe ou d’outre-mer, ces nouvelles techniques sont utilisées ou en phase d’étude, comme l’ont été les machines à vendanger, elles aussi de plus en plus autonomes grâce à l’apport de l’intelligence artificielle.

Les bénéfices et… le défi

Ces nouvelles technologies pourront à terme être bénéfiques pour l’ensemble des exploitations agricoles ou viticoles. Des start-up suisses, valaisannes notamment, sont à la pointe de la recherche dans ce domaine. Mais la configuration des parcelles et les contingences climatiques que nous avons en Suisse vont en limiter certains usages et aggraver les écarts de coûts de production entre les types de domaines. Ceux qu’on peut qualifier d’«artisanaux» tels que ceux que nous avons à Lavaux par exemple, où la plupart des travaux se font à la main et où la part des frais de personnel restera forcément très élevée, et des exploitations de plaine de plus en plus vastes où l’automatisation va encore faire baisser ces coûts et favoriser la production de produits quasi industriels, bien loin de nos vins de terroir.

Un défi de taille de plus à relever pour nos vignerons artisans qui n’ont pas d’autre choix pour faire survivre leurs vignobles que celui de l’excellence et de la communication pour la faire connaître.

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