C’est une histoire qui va donner du grain à moudre aux tenants de l’initiative pour des multinationales responsables. Vitol, un géant du négoce de matières premières basé à Genève, fait l’objet d’une plainte en Californie, où il est soupçonné par le procureur général de cet Etat américain de s’être allié avec un autre trader pour gonfler les prix de l’essence de façon illégale.

Tout semble commencer avec une explosion dans une raffinerie début 2015, dans la banlieue de Los Angeles, un accident qui a causé une pénurie et une hausse des prix des carburants en Californie. Vitol et SK Trading International, un négociant asiatique qui possède un bureau à Zurich, profitent de la situation pour, de façon coordonnée, s’adonner à du trading illicite pour faire grimper davantage les prix de l’essence qu’ils proposent à la pompe, selon la plainte civile instruite par le procureur général de Californie, Xavier Becerra. Elle a été déposée le 4 mai auprès de la Cour supérieure de cet Etat américain.

«De la cupidité au détriment de grand-maman»

Deux traders, un par entreprise mais des anciens collègues chez Vitol, auraient manipulé le marché. Les livraisons en Californie par Vitol et SK ont porté, selon les contrats, sur des volumes allant jusqu’à plus de 10 millions de gallons (38 millions de litres). Des quantités qui leur auraient permis de faire des «profits exceptionnels», selon la plainte. L’essence, soumise à des standards de qualité plus élevés en Californie, y est souvent plus chère qu’ailleurs aux Etats-Unis.

«Augmenter les prix, que ce soit du papier-toilette ou de l’essence, ça pue. C’est de la cupidité au détriment de grand-maman, du bon Samaritain, des Américains. De temps en temps, on parvient à se défendre, comme dans ce cas», a indiqué Xavier Becerra dans un communiqué lundi.

Lire aussi: La Suisse touchée par une vague de fioul pourri

«Vitol nie les allégations du procureur», a répondu le groupe genevois dans un billet publié lundi. «Suite à l’explosion de la raffinerie, Vitol a aidé les marchés californiens en important de l’essence dans l’Etat, en fournissant les raffineries et les autres entreprises à des prix compétitifs en recourant à des pratiques commerciales de routine pour gérer les risques.»

La multinationale genevoise a publié un chiffre d’affaires de 225 milliards de dollars en 2019, ce qui en fait une des principales entreprises de Suisse. Elle recense 1350 employés, dont 180 sur sol helvétique.