En cette fin d’année, marquée par une montée des incertitudes politiques et économiques dans le monde, on s’interroge sur la capacité d’un petit pays comme le nôtre, sans ressources naturelles et à l’écart des grands blocs, à affronter les défis futurs. Quels vœux formuler pour notre économie?

Les sept vertus helvétiques

Certains pourraient être tentés de considérer que la situation actuelle tient du miracle: nous connaissons le plein emploi et une croissance satisfaisante, nous disposons d’une monnaie forte et de budgets équilibrés, autant de paramètres qui font rêver bien des pays européens. Non, ceci ne découle pas d’une grâce particulière mais de la culture constante de vertus bien helvétiques, vertus qu’il s’agit de préserver avec vigilance dans l’intérêt des générations futures. Elles sont au nombre de sept:

Les Suisses ne comptent pas leurs heures. «Travailler plus pour gagner plus» est ancré dans les mentalités comme l’attestent le refus populaire de l’initiative «six semaines de vacances pour tous» en 2012, et aussi la durée hebdomadaire moyenne du travail qui, chez nous, est nettement supérieure à celle de nos voisins.

Les Suisses sont les champions de l’épargne. En fait notre épargne (grâce à l’épargne forcée au travers des caisses de pension) dépasse de près de 12% ce qui est nécessaire au financement des investissements en Suisse. Notre surplus d’épargne est investi à l’étranger, notamment dans les succursales des grandes entreprises helvétiques. Ces dernières occupent aujourd’hui près de 2 millions de personnes hors de nos frontières alors que notre marché intérieur ne comporte que 4,2 millions de places de travail en équivalents plein-temps. Cette part importante de l’emploi extérieur est unique parmi les pays industrialisés et ceci sans que soit compromis le plein emploi en Suisse.

Une économie ouverte au monde

L’économie suisse est ouverte au monde. Le commerce extérieur impacte 70% de l’activité économique en Suisse. Le pays est fidèle au libre-échange – un peu moins dans l’agriculture il est vrai – et ne connaît pas d’obstacles aux échanges de capitaux. La convertibilité du franc suisse est une constante de notre histoire monétaire.

L’économie suisse est fortement diversifiée. Dans tous ses segments se trouvent des «world champions»: Novartis, Roche, Swatch, Rolex, ABB, Schindler, G + F, UBS, CS, Swiss Re, Nestlé, Givaudan, Lonza, Logitech… et nombre de PME actives sur la scène mondiale. Autant d’entreprises de renom qui ne sont pas en Suisse pour des raisons fiscales mais qui sont nées dans notre pays, y ont grandi et se sont développées ensuite sur les marchés extérieurs. Quel autre petit pays peut en dire autant?

Nos marchés sont aussi largement répartis: L’Europe comptait pour les deux tiers de notre commerce extérieur dans les années 2000, aujourd’hui, elle n’en représente plus que le 50%, l’Asie et l’Amérique étant montées en force. Cette répartition des risques est heureuse même si une diversification encore plus prononcée pourrait être souhaitable.
Nous visons l’excellence. Malgré nos huit millions d’habitants, nous comptons trois universités parmi le «top 100» mondial. De plus, nous connaissons un niveau moyen de formation professionnelle élevé et figurons régulièrement en tête des classements de compétitivité. La recherche et le développement de niches technologiques sont à la base des stratégies adoptées par nos entreprises actives sur les marchés mondiaux.
Notre gouvernance économique est adaptée à un monde en changement car elle est basée sur le principe de la subsidiarité. C’est au secteur privé de prendre la responsabilité des options stratégiques, non à l’Etat de les lui dicter. Ce dernier doit se limiter à ses fonctions régaliennes, à veiller au maintien de conditions-cadres optimales pour le développement de l’initiative privée et à la préservation de la justice sociale intérieure.

N’affaiblissons pas notre flexibilité

Mais nos défis sont grands aussi: un marché intérieur étroit, une population vieillissante et un isolement politique. Autant d’éléments qui nous demandent de regarder toujours au-delà de nos frontières et de ne pas abandonner les principes qui ont fait notre succès. Restons ouverts au monde, aux échanges commerciaux comme aux mouvements de population, n’affaiblissons pas la flexibilité du marché du travail, préservons notre solidité financière et, enfin, mettons l’éducation et la recherche en tête de nos priorités. Il s’agit d’être toujours parmi les meilleurs car c’est la seule façon pour les petits de pouvoir s’imposer face aux grands sur la scène internationale.

Rien de ceci n’est nouveau. Finalement, notre prospérité de demain dépendra de notre capacité à faire encore mieux ce que nous avons si bien fait jusqu’ici. Il s’agit de cultiver avec soin les vertus qui expliquent notre succès. Si l’un d’entre elles venait à être délaissée, c’est la solidité de l’édifice tout entier qui serait compromise. Que l’on s’en souvienne en 2017, c’est le vœu que je forme pour mon pays.

*Tous les billets économiques de Jean-Pierre Roth sur www.bcge.ch/bcge-billet-economique-roth