Mobilité

La voiture autonome est appelée à bouleverser le marché immobilier

Comment la mobilité du futur affectera-t-elle les grands centres? Des spécialistes de la construction, du géomarketing, de l’e-commerce, de l’urbanisme et du transport se sont penchés sur ce phénomène, à l’aune d'une nouvelle donne technologique

Quels seront les plus grands changements en matière de mobilité ces prochaines décennies? La question a été posée dans le cadre d’une table ronde organisée mardi soir à Genève par le bureau de conseil immobilier Wüest & Partner, à l’occasion de ses dix ans de présence au bout du lac.

«Les modes de déplacements partagés, à commencer par le covoiturage, vont se développer fortement. Tout comme la mobilité de masse, via les réseaux de bus, de trams, ou encore le rail», a d’abord exposé Thierry Chanard. Le directeur associé du groupe lausannois d’étude en aménagement GEA a lancé en 2008 le projet Cristal, un nouveau concept d’exploitation urbaine de véhicules électriques autonomes pour le transport individuel ou collectif de personnes. Prochainement testé à Strasbourg en France, le dispositif public intéresse déjà plusieurs autres agglomérations françaises et suisses, ainsi que Singapour.

Des voitures autonomes dès 2025?

Peter Wicky, responsable chez CFF Immobilier, qui gère un portefeuille équivalent à 500 millions de francs d’investissements par an, va plus loin: «La voiture sans chauffeur sera la principale révolution du futur. Je vois arriver cette innovation assez vite, d’ici environ 15 ans.». Mais il estime qu’elle sera inoffensive pour la croissance du nombre de voyageurs par rail. Peter Sutterlüti, président délégué de l’Association de promotion «Cargo souterrain», s’attend à voir circuler des voitures autonomes dès 2025. Et il confirme: «Ce progrès devrait s’accompagner, parallèlement, d’un essor comparable des transports publics».

L’entité «Cargo souterrain», basée à Bâle, regroupe les CFF, Swisscom, La Poste, La Mobilière, Migros, Coop, Denner, Manor ou encore la ville de Zürich. Elle promet de révolutionner le transport de marchandises en Suisse en exploitant des galeries souterraines à 50 mètres de profondeur. Le premier tronçon du réseau doté de wagons automatisés est censé voir le jour en Suisse centrale dès 2030. Il est devisé à 3,55 milliards de francs. Et à terme, il vise à relier l’Arc lémanique au lac de Constance.

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Les effets de ces révolutions pour le marché immobilier? Aujourd’hui en Suisse, deux tiers des personnes actives travaillent en dehors de la commune où elles habitent. «Vu que la plupart des nouveaux emplois se créent dans les grands centres et leurs agglomérations mais que les logements, par calcul fiscal ou par pénurie, se trouvent davantage en périphérie, le raccordement aux transports ou les infrastructures représentent aujourd’hui les principales forces capables de faire pression sur les prix des terrains et les loyers», résume Hervé Froidevaux, responsable de Wüest & Partner à Genève. Autrement dit, les nouvelles formes de mobilité pourraient bouleverser un (dés-) équilibre presque inhérent au marché immobilier.

L’enjeu du «dernier kilomètre»

«La capacité du système de transports actuel est poussée à ses limites aux heures de pointes», poursuit Hervé Froidevaux, qui voit dans les innovations techniques appliquées à la mobilité, comme l’automatisation, des opportunités de rendements alternatifs pour ses clients investisseurs. Pour lui, la rénovation et le développement d’infrastructures offre surtout de nouvelles possibilités d’investissements, avec un risque toutefois plus élevé que d’autres placements immobiliers. «La forte densité́ des villes est un des plus grands défis de la planification urbaine. L’approvisionnement logistique du «dernier kilomètre» va évoluer ces prochaines années. Les infrastructures existantes par exemple dans les parkings ou les gares, ainsi que des objets mal utilisés en périphérie [surfaces de bureaux vacantes] pourraient être utilisées comme des petits hubs à partir desquels les biens seraient distribués dans les hypercentres», conclut-il.

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