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«La voiture sans conducteur, c’est du sérieux»

Au Salon de l’auto à Genève, l’avenir de la voiture sans conducteur fait débat. Volvo estime avoir une longueur d’avance.

«La voiture sans conducteur, c’est sérieux»

Salon de l’auto Le débat sur la voiture autonome est relancé par l’arrivée de Google sur ce marché

Volvo a une longueur d’avance et promet une première utilisation dans deux ans en Suède

Les voitures commercialisées aujourd’hui sont capables de freiner en cas danger, lire les panneaux de signalisation pour adapter leur vitesse, parquer sans intervention du conducteur et réagir si une ligne blanche est brusquement franchie. Les véhicules connectés permettent d’intégrer des informations extérieures en temps réel pour fournir des aides à la conduite. L’avènement de la voiture dite autonome ou sans conducteur n’est plus très éloigné.

A l’occasion du Salon de l’auto de Genève plusieurs grands patrons de l’automobile, dont Sergio Marchionne (Fiat-Chrysler), Carlos Ghosn (Renault-Nissan), et Martin Winterkorn (VW), ont dit tout le respect qu’ils ont face à Google qui veut forcer la porte du marché automobile, mais affirment vouloir rester dans la course. Le patron de Renault annonce l’apparition d’une voiture sans conducteur en ville dès 2020. Le constructeur suédois Volvo, propriété du chinois Geely, procède depuis plusieurs années à des essais dans ce domaine et promet pour 2017 la livraison de 100 voitures autonomes à des clients «ordinaires». Le Temps a rencontré Peter Mertens, responsable de la recherche et développement de Volvo, société qui produit moins de 500 000 voitures par année.

Le Temps: Volvo est-il vraiment plus avancé que les autres dans la mise au point d’une voiture autonome?

Peter Mertens: Bien sûr. Et je le dis sans prétention. Plusieurs de nos concurrents font le spectacle en annonçant des tests concluants. En réalité, il s’agit simplement de 250 km couverts sur une piste balisée sans aucun rapport avec la circulation d’un véhicule dans la vie de tous les jours. Volvo est le seul constructeur qui prend la chose au sérieux. Notre programme «Drive me», entamé il y a deux ans avec la collaboration de la ville de Göteborg et le Ministère suédois de la circulation et des infrastructures, débouchera en 2017 sur la remise de 100 véhicules autonomes à des clients.

– Ces véhicules, truffés de radars, de caméras, de capteurs et d’un laser, pourront-ils rouler partout de manière vraiment autonome?

– Aujourd’hui, sur la base de la Volvo XC 90 suréquipée, il est possible de rouler à 50 km/h de manière totalement autonome dans certaines situations de trafic dense. La voiture sans conducteur n’apparaîtra pas brusquement du jour au lendemain. Ce sera le fruit d’un million de petits pas que nous franchissons peu à peu. Aujourd’hui il faut encore que le conducteur puisse prendre le relais s’il se produit un événement que la voiture ne connaît pas et ne peut pas analyser. Mais je suis persuadé que dans 10 à 15 ans des voitures pourront se déplacer sans conducteur dans un environnement urbain complexe.

– Quel est le plus grand défi technique? Est-ce réagir à la présence inopinée de piétons, à des chutes de neige, ou à gérer un système de localisation GPS peu précis dans certaines situations?

– C’est effectivement tout cela qui demande un travail de perfectionnement sans relâche. Il est en effet impossible de modéliser dans le système absolument toutes les situations qui peuvent se présenter. Et si le véhicule autonome est surpris et ne sait pas comment réagir, il est programmé pour s’arrêter ou sortir du mode automatique.

– Quel est le principal défi de type sociologique?

– On ne sait pas comment les conducteurs qui croiseront une voiture autonome réagiront dans le trafic. Or la diminution des accidents est le principal objectif de ce projet qui s’inscrit dans la volonté de Volvo de parvenir, en 2020, à ce qu’aucune personne ne soit blessée ou tuée dans un nouveau modèle Volvo. En fait, permettre à la personne derrière le volant de lire le journal ou répondre à ses courriels n’est pas primordial pour nous.

– Google a-t-il une chance d’aboutir?

– Ce n’est pas impossible, même s’ils voient la voiture comme un objet à quatre roues pratique pour pomper des données.

– Qui sera responsable en cas d’accident?

– Ce sera comme aujourd’hui. Si la voiture commet une erreur, le constructeur en sera responsable. Mais, hélas, lors du premier accident, tout le monde criera au scandale et aura oublié le nombre de vies sauvées grâce à la voiture sans conducteur.

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