Chaque année, depuis 2012, la première journée de presse du Salon international de l’automobile coïncide avec la nomination de la «Voiture de l’année». Un «mariage» qui dure et qui, selon les termes mêmes du président du jury COTY [Car Of The Year], souligne la principale valeur de ce trophée, annoncé dans «un pays libre de toute pression des constructeurs»: son indépendance. Organisé par sept magazines européens, totalement indépendants des milieux de l’automobile, son verdict est inattaquable. Pour renforcer cette transparence, le vote de chaque juré est publié. Et chaque jury national peut organiser les essais qu’il souhaite. Cette année, par exemple, les jurés finlandais avaient fait venir les sept finalistes à Hivalo, au-delà du Cercle polaire, pour une série de tests de tenue de route et de résistance au froid.

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Il a fait très chaud, en revanche, dans la salle C de Palexpo hier à 15 heures. De mémoire de juré, on n’avait jamais vu cela: après décompte des bulletins de vote des 60 jurés venus de 23 pays, deux voitures se retrouvaient à égalité parfaite: 250 points pour l’Alpine A110, 250 points pour la Jaguar i-Pace. Or en cas d’égalité, pas de partage. S’engagea alors une partie de «mort subite» qui n’était pas sans rappeler la situation face à laquelle se trouve aujourd’hui l’industrie automobile tout entière: l’affrontement entre une voiture tirant sa ligne et son héritage du passé et un pur produit de la tendance électrique-verte actuelle.

En route vers l’avenir

Sportive radicale propulsée par un moteur thermique, n’offrant que deux places et un confort spartiate, l’Alpine est pourtant parvenue à se hisser en finale par la puissance des émotions qu’elle procure, sa tenue de route «dynamique» et son look tout droit sorti des grandes années du Rallye de Monte Carlo. A l’inverse, la Jaguar symbolise l’auto du futur, alliant classe, confort et «zéro émission». Tout en n’oubliant pas, tradition oblige, de proposer une vraie dose de sportivité.

Le second tour figura ainsi le combat de la tradition contre la modernité, de la voiture thermique contre l’électrique. Et, comme dans la vraie vie, c’est la Jaguar qui a fini par l’emporter. D’un souffle: 18 à 16. Au vote de la «Voiture de l’année» comme au salon GIMS qui s’ouvre jeudi, l’électrique vire en tête. L’automobile a, semble-t-il, vraiment atteint son point de bascule.