C’est un paradoxe cruel. En Suisse, l’entreprise Bestmile disparaît. Mais dans la Silicon Valley, les géants du transport par véhicules autonomes ont récemment réalisé des tours de financement record. Pour autant, il est encore impossible de prédire quand leurs technologies entreront sur le marché.

Waymo, filiale d’Alphabet (la maison mère de Google), est aujourd’hui l’acteur numéro un de ce marché en devenir. La semaine passée, la société a levé 2,5 milliards de dollars (2,29 milliards de francs). L’argent a été injecté par Google lui-même, mais aussi de grands fonds d’investissement tels Andreessen Horowitz, Fidelity Management et Silver Lake. Cette injection massive de liquidités n’est pas la première: en 2020, Waymo avait levé, en deux tranches, 3,2 milliards de dollars. En parallèle, la société Cruise a, elle, reçu 5 milliards de dollars de la part de General Motors le 15 juin, ce qui porte à 10 milliards le montant de ces liquidités.

Des tests, toujours

Aux Etats-Unis, l’argent afflue pour les acteurs du transport autonome. Mais ce sont surtout les plus gros qui en profitent. Et ils sont encore loin de placer leurs véhicules sur toutes les routes. Ainsi, Waymo fait rouler depuis 2017 ses robotaxis dans quatre villes en Arizona. D’abord réservé à des employés de la société, le service s’est ouvert à tous les habitants de la ville. Depuis quelques mois, les véhicules ne transportent plus de conducteur «humain» à bord prêt à prendre les commandes: la machine pilote par elle-même.

Mais il s’agit toujours, pour Waymo, d’une phase de test, dans un environnement urbain facile – la météo est stable, les routes sont larges. En février dernier, Waymo annonçait son intention de réaliser des tests à San Francisco, dans des conditions plus compliquées, vu la topographie de la ville – sans parler de la météo changeante. «L’expérience nous a beaucoup appris, et nous sommes d’accord avec les experts qui disent qu’il n’y a pas de plus grand défi dans l’intelligence artificielle que de construire et de déployer une technologie entièrement autonome à grande échelle», reconnaissait Waymo la semaine passée.

Cruise en retard

Cruise ne dit pas non plus quand elle mettra sur les routes les véhicules autonomes qu’elle développe. L’idée initiale était de déployer ses voitures à San Francisco en 2019. Désormais, la production de ces petits véhicules doit démarrer en 2022.

Personne, aux Etats-Unis, ne se hasarde plus à faire des prédictions précises et sérieuses, tant les obstacles techniques et de sécurité sont encore importants. Sans parler des changements de législation qui seront requis.


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