Automobile

Les voitures chinoises arrivent sur nos routes

La Suisse et l’Europe sont des marchés saturés. Mais les constructeurs chinois disposent d’une force de frappe et ont noué diverses alliances qui devraient leur permettre de gagner des parts de marché au détriment des marques installées

Des véhicules utilitaires légers de la marque DFSK fabriqués en Chine et bénéficiant du label «Swiss finish», circulent déjà sur les routes suisses. Dans la gamme de voitures, la V90 Volvo Made in China – la société suédoise a été rachetée par Zhejiang Geely Holding Group en 2010 – a aussi fait une timide apparition.

Mais désormais la Suisse, et l’Europe dans son ensemble, se prépare à un «envahissement» des véhicules venant de l’Empire du Milieu. «C’est juste une question de temps, explique François Launaz, président d’Auto Suisse, association regroupant les importateurs automobiles. Ce sera plutôt tôt que tard.»

Le rachat des marques européennes, à l’instar de Volvo, leur permet d’accéder à la technologie et au savoir-faire européens

André Hefti, directeur du Salon de l’automobile de Genève

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En effet, l’industrie automobile chinoise commence à déployer sa force de frappe à l’international. La démonstration se déroule ces jours au Salon de Pékin, qui se déroule du 25 avril au 4 mai et où quelque 180 marques sont représentées.

Organisé tous les deux ans en alternance avec le Salon de Shanghai, l’événement est la principale vitrine du premier marché mondial de la branche. Dans le pays, 28,9 millions de véhicules ont été vendus l’an dernier. «Le potentiel est loin d’être épuisé, explique André Hefti, directeur du Comité permanent du Salon de l’auto de Genève. A titre de comparaison, il y a 800 véhicules pour 1000 Suisses. En Chine, c’est 79 pour 1000 habitants. En 2005, c’était 24.»

Les Chinois vont revenir à Genève

André Hefti est bien placé pour observer l’évolution du marché suisse. «Plusieurs marques chinoises (BYD, Qoros, DFSK) sont venues au Salon de Genève il y a quelques années, avant de se retirer, raconte-t-il. Il y avait clairement un problème de qualité. Mais les Chinois apprennent vite et ils vont revenir.» En 2018, la Chine était néanmoins représentée à Genève, notamment par Techrules, une voiture sport électrique à turbine. Pour la prochaine édition, il y a déjà passablement de contacts positifs.

Le patron du Salon de l’auto de Genève, un habitué de celui de Pékin et de Shanghai, n’a aucun doute sur la qualité du Made in China. «Le rachat des marques européennes, à l’instar de Volvo, leur permet d’accéder à la technologie et au savoir-faire européens», explique-t-il. Il fait aussi remarquer que les constructeurs chinois recrutent facilement des ingénieurs européens. Ainsi Borgward, une défunte marque allemande et très connue dans les années 1960, comme l’anglaise MG ont été ressuscitées en Chine. «J’en ai vu récemment; elles seront bientôt de retour chez nous», dit-il.

Par ailleurs, outre le rachat de Volvo par Geely, plusieurs autres opérations ont permis aux acheteurs chinois d’avoir un pied en Europe. SAIC (Shanghai) est déjà partenaire de VW et de General Motors. Dongfeng (Wuhan) possède deux coentreprises avec Renault-Nissan et est le premier actionnaire du groupe français PSA (Peugeot-Citroën).

L’échec de Great Wall Motors

Des constructeurs chinois investiront-ils dans des chaînes de montage en Europe implantées au Royaume-Uni et en France, à l’instar des japonais Toyota ou Nissan? André Hefti relève que du point de vue économique, il serait plus judicieux de fabriquer en Chine. Mais il peut aussi imaginer que des voitures Geely soient assemblées sur les chaînes de montage de Volvo à Göteborg (Suède) et à Gand (Belgique). Il y a toutefois un précédent qui a échoué: Great Wall Motors, le septième constructeur chinois, avait inauguré une usine en Bulgarie en 2012 pour desservir le marché européen. Il a fermé le site en 2017.

François Launaz, d’Auto Suisse, se souvient de l’arrivée de premières voitures japonaises, puis sud-coréennes en Europe. «On en ricanait, dit-il. Mais désormais, les Toyota, Subaru et Honda occupent 20% du marché suisse. Les fabricants chinois passeront peut-être par le même chemin semé d’embûches, mais finiront par faire leur place.»

Négociation de points de ventes difficile

La difficulté selon lui, c’est qu’en Europe comme en Suisse, il leur sera très difficile de négocier des points de ventes. «L’une des solutions serait de s’allier avec les distributeurs indépendants comme Emil Frey ou Amag en Suisse. Car il est onéreux de créer son propre réseau de distribution.»

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Le président d’Auto Suisse fait aussi remarquer que le marché suisse ou européen est relativement saturé. A moins que de nouvelles offres séduisent. «Les Chinois les ont. Ils sont les meilleurs dans la voiture électrique et pourront créer leur marché de niche.» Les autorités chinoises poussent les constructeurs nationaux et étrangers à aller dans cette direction. Dès 2019, tous les constructeurs devront obligatoirement respecter un quota de voitures électriques ou hybrides à mettre sur le marché.


Les menaces efficaces de Trump

Les pressions américaines sur la Chine ont porté leurs fruits. Bien que le marché automobile chinois soit dominé par des marques étrangères (55% des ventes), ces dernières n’y ont toujours pas un accès pleinement libre. Pékin les oblige à contracter un partenariat avec un actionnaire chinois, à hauteur de 50% du capital.

C’est l’un des obstacles dont s’est plaint le président américain, Donald Trump, accusant le régime chinois de mener une politique discriminatoire envers les constructeurs étrangers. Il y a un mois, il a menacé de prendre des mesures de rétorsion et d’introduire des surtaxes punitives sur les importations en provenance de Chine.

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Pékin a pris les menaces américaines au sérieux et a annoncé, à la veille du Salon de Pékin, la levée, d’ici à 2022, des restrictions.

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