La vidéo tombe particulièrement mal pour Uber. Filmée mercredi 14 décembre, elle montre l’une de ses voitures sans conducteur griller un feu rouge à San Francisco. Quelques heures plutôt, la société américaine de transport urbain, qui explique cet incident par une erreur humaine, avait entamé un bras de fer avec les autorités: elle avait déployé sa flotte de Volvo autonomes dans les rues de la ville sans en avoir obtenu l’autorisation.

Uber justifie sa décision en jouant sur les mots. Selon la société, ses voitures ne sont pas autonomes car elles nécessitent la présence permanente d’un opérateur. Elles ne seraient donc pas concernées par la législation adoptée l’an passé par l’état de Californie pour encadrer les programmes d’essais menés par Google et les constructeurs automobiles.

Des prototypes à Pittsburgh

La loi rend obligatoire l’obtention d’un permis auprès du Department of Motor Vehicle (DMV). Elle impose aussi de signaler aux autorités les accidents et le nombre de fois où les opérateurs ont dû reprendre le contrôle du véhicule. Ces données sont ensuite rendues publiques. L’initiative d’Uber a suscité une réaction immédiate du DMV californien, qui a réclamé l’arrêt immédiat des tests sous peine de poursuites.

Ces menaces ne devraient cependant pas arrêter l’entreprise dirigée par Travis Kalanick, habituée des bras de fer avec les autorités. Elle souhaite en effet aller vite pour concevoir ses voitures sans chauffeurs. Début 2015, elle a ouvert un laboratoire de recherche en association avec l’université de Carnegie Mellon. Cet été, Uber a noué un partenariat avec le constructeur suédois Volvo. Et depuis la rentrée, ses prototypes transportent des clients dans les rues de Pittsburgh.

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Après avoir pris du retard à l’allumage, Uber ne veut plus perdre de temps. Car la bataille de la voiture sans conducteur fait rage. Pour la plate-forme, c’est tout simplement sa survie qui est en jeu. Dans quelques années, les robots taxis pourraient en effet se généraliser. Développer une voiture autonome est «juste existentiel pour nous, assurait en août Travis Kalanick, dans un entretien accordé à l’agence Bloomberg. Sinon nous perdrons toute notre activité».

Le rival le plus menaçant pourrait être Google, dont les véhicules autonomes ont accumulé plus de 2,5 millions de kilomètres d’essai dans plusieurs Etats américains. Lundi 12 décembre, le géant du Web a encore franchi une étape. Son projet a quitté Google X, le laboratoire maison qui travaille sur les projets futuristes. Une nouvelle entreprise indépendante, baptisée Waymo, a été créée. Elle est dirigée par John Krafcik, ancien patron de Hyundai en Amérique du Nord.

Un service de taxis autonomes dès fin 2017

En début d’année, Google s’est par ailleurs associé à Fiat Chrysler pour bâtir une flotte de 100 prototypes, qui seront bientôt mis en circulation. Et ce partenariat pourrait être encore plus large. Selon Bloomberg, les véhicules du constructeur italien seront utilisés pour lancer un service de taxis autonomes dès la fin de l’année 2017.

Les grands constructeurs automobiles fourbissent aussi leurs armes. Et notamment General Motors, qui a racheté en mai la start-up Cruise Automation, pour un montant estimé à plus d’un milliard de dollars. Jeudi 15 décembre, le géant de Detroit a annoncé le début d’essais sur les routes publiques du Michigan, son Etat natal. Entre-temps, il a également investi dans Lyft, le grand rival américain d’Uber, afin de lancer ensemble un réseau de taxis sans chauffeurs. En août, Ford avait indiqué qu’il poursuivait le même objectif. De quoi expliquer l’empressement d’Uber.