Technologie

Les voitures volantes, plus vraiment un fantasme, pas encore une réalité

Plusieurs annonces ont marqué le mois d’avril dans une industrie balbutiante où gravitent des acteurs aussi différents que des petites start-up européennes, Uber, le Pentagone, Airbus ou encore l’un des fondateurs de Google

A la fin du film Retour vers le futur, avant de s’envoler vers 2015, Doc Brown annonce à son camarade Marty McFly, «là où on va, on n’a pas besoin de route» et leur voiture DeLorean disparaît dans le ciel californien. Trente-deux ans après la sortie du film, une industrie de la voiture volante commence à peine à prendre forme. Selon le Financial Times, une quarantaine d’entreprises travaillent sur des prototypes «VTOL» (pour «vertical take-off and landing», soit décollage et atterrissage vertical).

Premières images du «Flyer»

Le 24 avril dernier, Kitty Hawk a publié les premières images de son engin volant, sobrement baptisé «Flyer». La vidéo a été tournée sur un lac du nord de San Francisco. L’engin ressemble plus à un jetski qu’à une DeLorean mais incontestablement, il vole, 3 mètres au-dessus de l’eau.

Le design, encore basique (pas d’habitacle, juste un fauteuil posé sur une grille et des flotteurs), devrait évoluer d’ici la mise en vente des premiers modèles à la fin de l’année. Le bruit devrait aussi diminuer. Aucun prix n’a été communiqué. Si la start-up de Mountain View est prise au sérieux, c’est parce qu’elle a reçu l’aval de la FAA (Federal Aviation Administration) pour voler au-dessus de zones peu peuplées et surtout parce qu’elle est financée par Larry Page, patron multimilliardaire d’Alphabet, la maison mère de Google, qui y aurait investi 100 millions de dollars.

Un engin à 1,5 million de dollars

«Nous avons tous eu le rêve de voler sans effort», a déclaré Larry Page dans un communiqué. «Je suis excité à l’idée d’embarquer dans un futur proche à bord de mon Kitty Hawk Flyer pour un vol simple et rapide.»

Kitty Hawk se concentre pour l’instant sur un usage récréatif. Pour des projets plus ambitieux, il faut se rendre en Europe. Le 20 avril dernier, la start-up bavaroise Lilium a testé son «Eagle» électrique dont les ailes fixes sont recouvertes de petites hélices. L’engin serait capable d’atteindre les 300 km/h.

Une autre entreprise, slovaque celle-là, AeroMobil, développe un véhicule hybride dont l’avant ressemble à un concept car avec un vaste pare-brise et des ailes rétractables. A l’arrière, une hélice et des ailerons remplacent le coffre et les roues. Prix annoncé pour le modèle disponible d’ici 2020: environ 1,5 million de dollars. Un porte-parole évoque des discussions avec Uber.

Car avec ses moyens et son ambition de révolutionner les transports, la firme de Travis Kalanick ne cache pas son intérêt pour la technologie. Le sommet Elevate, organisé du 25 au 27 avril à Dallas, a pris la forme d’une annonce officielle: Uber rêve d’une flotte de taxis volants.

Des obstacles de taille

L’entreprise de San Francisco aurait noué des partenariats avec des agences immobilières (pour trouver des terrains), des entreprises de l’aéronautique comme Aurora Flight sciences (financée par le Pentagone), ChargePoint (qui gère un réseau de 34 000 stations de chargement aux Etats-Unis et en Australie) ainsi qu’avec Dallas et Dubaï comme sites test. Dubaï développe en parallèle un projet de drone taxi en parallèle avec le constructeur chinois Ehang. Le quadrirotor pourrait transporter ses premiers passagers dès cet été.

La Silicon Valley compte un tas de gens très intelligents mais ils ne saisissent pas toujours les lois de la physique. La gravité est un adversaire redoutable

Airbus aussi s’est lancé. Après le «Vahana» à l’automne, le géant de l’aéronautique a présenté au salon de l’automobile de Genève Pop.up, un véhicule électrique sur lequel peuvent se fixer quatre hélices qui l’emmènent dans les airs. Au-delà du coup marketing, Airbus n’a pas détaillé ses ambitions.

Il faut dire que tous ces acteurs font face à plusieurs obstacles de taille: infrastructures, coût, régulation, puissance et autonomie des batteries. Même un rêveur ambitieux comme Elon Musk a fait part de son scepticisme. John Leonard, un ingénieur du Massachusetts Institute of Technology ironise dans le New York Times: «La Silicon Valley compte un tas de gens très intelligents mais ils ne saisissent pas toujours les lois de la physique. La gravité est un adversaire redoutable.»

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