Samuel Bossart est responsable des stratégies sur les matières premières auprès du gérant de hedge funds RMF, à New York, après avoir durant six années travaillé à l'UBS au département des options et Futures.

Le Temps: Existe-t-il encore des opportunités dans les marchés traditionnels de l'énergie?

Samuel Bossart: Sans aucun doute. Je pense par exemple à la stratégie du «crack spread», qui consiste à tirer profit d'un écart qui apparaît lorsqu'on achète les Futures sur le pétrole en même temps que l'on compense la position en vendant le Future sur le mazout ou l'essence. Ces stratégies sont fréquemment employées par les raffineries. Le «crack spread» a bondi de 10 à 40 dollars après l'ouragan Katrina. C'est un contrat que l'on peut négocier en Bourse, au Nymex.

- Est-ce que le prix du pétrole joue encore un rôle dans les rendements des hedge funds?

- Des hedge funds ont gagné beaucoup d'argent l'an dernier dans l'énergie, moins en raison de l'envol du prix du pétrole que des stratégies d'arbitrage. Que ce soit sur le «crack spread» ou sur les investissements le long de la courbe de prix (par exemple en vendant le prix à court terme et en achetant le cours à long terme). L'évolution de la courbe même des prix détermine davantage le rendement d'un gérant que le prix au comptant.

- Quelles sont les erreurs à éviter dans ce secteur pour un investisseur?

- La volatilité de ces marchés ne doit pas être sous-estimée. Sur les marchés à terme, à chaque gain correspond une perte. C'est un jeu à somme nulle. La volatilité sur le gaz naturel est de 40% en temps normal, mais fréquemment elle peut exploser jusqu'à 80% ou plus. Sur l'indice Goldman Sachs des matières premières, elle est de 25%. Aucun investisseur ne peut souhaiter pareille volatilité. A titre de comparaison, elle est de 10-15% dans les actions. Ce sont des mondes complètement différents. Si quelqu'un n'est pas bien positionné dans l'énergie, il peut très vite beaucoup perdre.

- Dans les nouvelles énergies, comment les hedge funds peuvent profiter des inefficiences?

- Dans l'électricité, on s'est aperçu d'une part que les producteurs pouvaient vendre leur production à 12 ou 15 mois sur la base de prix relativement fixes. D'autre part que les grands consommateurs étaient surtout intéressés à ne pas subitement payer le double de ce qu'ils prévoyaient. Leur but est de contrôler leurs coûts et leurs marges. Les financiers peuvent s'insérer dans cet espace et utiliser leurs propres informations et prévisions.

- Quelles sont vos attentes de rendement pour ces 12-18 prochains mois?

- Partout où la volatilité sera élevée, les opportunités seront abondantes. Je pense au gaz naturel, à la transformation du gaz en liquide, à l'électricité dans certaines régions (dans l'attente d'une convergence des prix sur le plan global). Il y aura beaucoup de changements dans l'électricité. La Scandinavie, l'Allemagne, l'Angleterre sont encore des marchés très fermés.

Avant d'entrer sur un marché, nous analysons sa liquidité, le nombre de contrats traités, le volume quotidien. Les inefficiences changent de jour en jour. Ainsi chaque hedge fund a ses propres attentes de rendement, lesquelles dépendent de la volatilité du marché, des inefficiences et de sa taille. Mais impossible de dire que l'on vise telle performance. Les rendements sur les marchés de l'électricité ou des émissions de CO2 seront forcément supérieurs à ceux des actions. Le risque y est supérieur.

- Comment opérez-vous la sélection des hedge funds dans l'énergie?

- Nous avons un processus de sélection très complexe mais valable pour tous. Le profil d'un gérant orienté sur les fondamentaux («macro») sera différent d'un arbitragiste («relative value»). Le trader «macro» est orienté sur le long terme, supporte une grande volatilité et offre un rendement supérieur. Le premier joue avec les risques de marché, le second les élimine et tente de s'approprier les écarts entre offre et demande.