Le VIX, l'indice de volatilité implicite des grandes capitalisations américaines, a battu son record historique de faiblesse en descendant à 9,9% mardi. En Europe, les indices de volatilité sont également en baisse.

La volatilité implicite, calculée à partir des options, reflète l'état d'esprit du marché. Lorsque les investisseurs ont confiance dans l'avenir, ils achètent peu d'options pour se couvrir. Leurs prix, en baisse, entraînent la volatilité implicite vers le bas. Comme c'est le cas aujourd'hui, c'est le signe que les investisseurs intègrent peu de risques. Pour certains, c'est un signe de complaisance.

La volatilité implicite n'était passée qu'une seule fois, brièvement, sous la barre des 10%. C'était en janvier 1994. Le réveil fut brutal. Dès la fin du mois, la Réserve fédérale entama une série de sept resserrements de politique monétaire qui propulsa son taux directeur de 3% à 6% à la fin 1994. L'indice VIX a bondi jusqu'à 23,8%. Malgré l'accélération de la croissance, les actions ont terminé l'année en baisse.

Fin 2006, la chute du marché immobilier et la décélération de la croissance aux Etats-Unis devraient inciter à la prudence. «La volatilité s'accroît dans les fins de cycle. Elle va monter en 2007», remarque Fabien Dersy, le gérant du nouveau fonds sur la volatilité de Dexia Asset Management à Paris. L'inversion de la courbe des taux d'intérêt (les taux à court terme dépassent ceux à long terme) devrait être un autre motif d'inquiétude. «Ce n'est jamais un bon signal pour la croissance», déclare Laurent Roussel, directeur adjoint de la recherche dérivés chez Exane à Paris. «Depuis 1987, le VIX a progressé à chaque fois que la courbe s'est inversée», ajoute-t-il.

Mais tout pourrait être différent cette fois. En Grande-Bretagne, l'économie se porte bien malgré des taux inversés depuis deux ans.

«Nous entrons dans une phase de plus grand équilibre mondial», estime Nicolas Barile, associé de Beauséjour Finance à Lausanne. Les banques centrales ont appris à mieux gérer les cycles, les entreprises sont gérées de façon prudente avec des bilans très solides, l'économie mondiale peut compter sur la vigueur de l'Asie pour compenser le ralentissement américain. La baisse de la volatilité est structurelle et durable, selon lui. Nicolas Barile évoque la fin de la période d'agitations économiques commencée en 1971 avec l'abandon du système de changes fixes. Nous sommes peut-être à l'orée de nouvelles «30 glorieuses.»