Investissements

La volatilité, la «nouvelle normalité» des marchés financiers

Les principales places financières ont clôturé mercredi en vert. Mais l’ensemble du mois d’octobre a été particulièrement chaotique et les pertes sont les plus importantes depuis 2012. En cause, les incertitudes politiques et économiques, dont la guerre commerciale Chine–Etats-Unis

Ouf de soulagement! Octobre est derrière. Généralement, les investisseurs craignent ce premier mois du quatrième trimestre. Et pour cause. C’est un 24 octobre 1929 qu’avait eu lieu le krach de Wall Street, plongeant les pays industrialisés dans la Grande Dépression. C’est aussi un 19 octobre 1987 que les marchés boursiers du monde entier s’étaient effondrés et avaient subi des baisses importantes. C’est encore au dixième mois de 2008 qu’avait éclaté la crise des subprimes aux Etats-Unis, dans le sillage de la faillite de la grande banque d’affaires Lehmann Brothers, avant de gagner l’Europe et le reste du monde.

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Octobre 2018 n’a pas été aussi dramatique. Le mois a tout de même été marqué par une grande volatilité sur les places financières, qui ont fini par effacer des milliards de gains réalisés ces derniers mois. Même Wall Street, qui avait bénéficié des impulsions de l’administration Trump (cadeaux fiscaux pour les entreprises et les ménages, dérégulation, investissements publics) n’a pas résisté. L’indice S&P, qui regroupe les 500 grandes sociétés cotées sur les bourses américaines, a perdu 7% en octobre. C’est le plus grand repli enregistré depuis 2011, malgré la bonne tenue de ces deux derniers jours.

Les moyennes capitalisations suisses ont souffert

En Suisse, ce sont les moyennes capitalisations qui ont le plus souffert. Alors que le SMI a reculé de 0,72% en octobre, le SMIM, qui regroupe les 30 entreprises après les 20 faisant partie du SMI, a cédé 8,13%. Le plus grand perdant, AMS, fabricant de capteurs électroniques, a vu son action perdre 28,5% de sa valeur. «La baisse du SMIM s’explique par la fuite des investisseurs vers des titres de qualité et défensifs», explique Nicolas Bürki, économiste à la banque Mirabaud à Genève.

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La baisse est encore plus spectaculaire en Chine, pays engagé dans un bras de fer avec les Etats-Unis et dont la croissance du produit intérieur brut a enregistré un recul au troisième trimestre. La bourse de Shanghai a perdu 7,2% en octobre, mais 21,8% depuis le début de l’année. Celle de Shenzhen a cédé 10,6% le mois dernier et 31% depuis janvier.

En effet, c’était le yoyo pendant tout le mois. «Les marchés financiers volatils font désormais partie de la nouvelle normalité», vient de commenter Jean Raby, le patron de Natixis Investments qui gère 1000 milliards de dollars d’actifs, cité par l’agence Bloomberg. Nicolas Bürki en est aussi convaincu. «Après les flux de bonnes nouvelles au début de l’année, ce qui avait donné lieu à de l’optimisme, chaque trimestre est devenu plus préoccupant, fait-il remarquer. La bourse suisse comme les autres places financières ont traversé des dépressions à plusieurs reprises sans qu’on puisse les attribuer à un facteur précis.»

En effet, la volatilité avait en effet baissé après l’élection de Donald Trump, qui avait fait grimper les bourses. Par la suite, elle a été alimentée par d’autres facteurs politiques (incertitudes liées au Brexit ou à la guerre commerciale) ou économiques, comme la fin des programmes d’assouplissement monétaire.

Secousses

«L’évolution de l’indice américain Vix qui reflète l’incertitude sur les marchés financiers confirme la forte volatilité en octobre, souligne Gianluca Tarolli, économiste de marché à la banque Bordier à Genève. Il a dépassé la moyenne de 10 à 15 points et a fluctué entre 11 et 28 points.» Selon lui, un changement de régime est en cours, typique des incertitudes liées à l’anticipation de la fin du cycle. L’indice de volatilité du SMI a évolué de la même façon; il s’élevait mercredi à 17,6 points contre 12 points au début du mois. Entre les deux dates, il a atteint un sommet de 22 points, la semaine passée.

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Gianluca Tarolli fait aussi remarquer que les secousses ont tout autant frappé les pays émergents que les indices américains. «Une convergence d’actualité politique et économique a maintenu les marchés sur le qui-vive», poursuit-il. Sur le plan politique, la confrontation entre Rome et Bruxelles au sujet du budget italien, l’incertitude autour du Brexit alors qu’un accord négocié n’est pas acquis, la campagne électorale pour les «midterms» qui bat son plein aux Etats-Unis et enfin, la guerre commerciale Washington-Pékin dont l’issue reste incertaine.

«Du côté économique et financier, les conditions ont aussi changé avec notamment la réduction des liquidités des banques centrales, la fin du programme d’assouplissement monétaire et la hausse de taux», ajoute-t-il. Tel est le contexte dans lequel les marchés des actions, qui avaient progressé ces derniers mois, se sont mis à douter des perspectives de croissance économique élevée pour 2019.

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