Avec l’arrivée de l’automne, autorités, assurances et sociétés de surveillance redoublent d’efforts pour sensibiliser la population aux risques de cambriolages. Les polices cantonales renforcent leurs patrouilles à la tombée de la nuit dans certains quartiers, tandis que beaucoup de sociétés de sécurité saisissent souvent l’occasion du passage à l’heure d’hiver pour promouvoir des offres spéciales, à l’exemple de Securitas Direct qui propose une analyse de sécurité gratuite durant l’automne ou des rabais d’une durée limitée pour l’achat de certaines installations.

L’automne est-il dès lors plus propice aux cambriolages que le reste de l’année? Selon Cédric Béguelin, expert du risque auprès du service Souscription Choses de la Vaudoise Assurances, il faut établir une distinction entre les entreprises et les particuliers. «La saisonnalité touche davantage les particuliers que les entreprises. Pour les entreprises, c’est plutôt l’environnement où elles se situent ainsi que le type d’activité qui comptent», observe-t-il.

Du côté des sociétés de sécurité, Protectas souligne la nécessité d’accroître la prévention à cette période de l’année: «Avec l’arrivée de l’automne et la tombée plus rapide de la nuit, il y a généralement une recrudescence des cambriolages», relève Barbara Schumacher, responsable de la communication de la société spécialisée dans la protection. Selon elle, ce n’est pas un hasard si, par exemple, la police neuchâteloise a publié une mise en garde à ce sujet fin octobre.

Statistiquement, il est difficile de disposer de chiffres précis au sujet de l’évolution du nombre de cambriolages en fonction de la saison. «En termes de techniques de sécurité, l’impact des journées plus courtes durant la période hivernale sur la fréquence des cambriolages est relativement modeste, étant donné que les risques ne varient que marginalement durant l’ensemble de l’année», fait remarquer le porte-parole de Securitas, l’un des leaders de la branche en Suisse. C’est pourquoi cette société recommande de mettre en place des mesures de sécurité adéquates indépendamment des saisons.

Le fait que plus de gens travaillent depuis chez eux en raison de la pandémie de Covid-19 rend-il la tâche plus difficile aux cambrioleurs? «Les voleurs observent les habitudes des gens. Dès lors qu’il y a un changement d’habitude et que les gens sont davantage chez eux, cela donne moins d’opportunités aux cambrioleurs pour opérer durant la journée ou à la tombée de la nuit», constate l’expert de la Vaudoise à propos des particuliers.

Protéger aussi les abords des bâtiments

Pour les entreprises, la situation se présente différemment. N’y a-t-il pas davantage de risques pour celles-ci, étant donné qu’il y a moins de personnel dans les locaux en raison du télétravail? Tout dépend de la manière dont est organisée la sécurité au sein des bâtiments de l’entreprise, du nombre d’accès qui sont protégés, relève l’expert de la Vaudoise: «Il est aujourd’hui possible d’installer des portails de sécurité à plusieurs niveaux au sein des bâtiments», illustre Cédric Béguelin. Il est dès lors surtout important de procéder à une évaluation de l’ensemble des risques pour chaque entreprise, en protégeant non seulement les locaux de la société elle-même mais aussi les abords de ses bâtiments. Cela peut être le cas via l’installation de clôtures ou en réduisant les caches potentielles où les cambrioleurs peuvent se dissimuler avant de procéder à un cambriolage.

Protectas insiste sur la prévention et le besoin de réévaluer régulièrement les risques. «Si les employés sont en télétravail, les locaux des entreprises sont plus souvent vides. La prévention passe donc aussi par de la dissuasion. Dans les zones industrielles, nous offrons les services de rondes ou de patrouilles aléatoires et les demandes sur les solutions de surveillance périmétrique sont en hausse», cite à titre d’exemple sa porte-parole.

Entretenir les contacts avec les voisins

Pratiquement, Cédric Béguelin cite différentes mesures qui peuvent contribuer à réduire les risques aussi bien pour les entreprises que les particuliers. Et de citer tour à tour l’installation de systèmes d’alarme reliés à des sociétés de sécurité et aussi, plus simplement, l’usage de minuteries qui allument la lumière de temps à autre. Enfin, plus simplement, il rappelle l’utilité d’entretenir de bons rapports de voisinage. Par exemple, quand une entreprise qui ne travaille pas le week-end jouxte une autre société qui, elle, reste active en fin de semaine, il peut valoir la peine de faire connaître ses habitudes aux autres personnes qui travaillent sur le même site. «Un voisin qui connaît les habitudes de présence ou d’absence du personnel dans les locaux d’une entreprise remarquera plus facilement s’il y a quelque chose d’inhabituel», illustre-t-il.

Les chantiers, des sites complexes à sécuriser

En dehors de leurs locaux, les entreprises doivent parfois aussi protéger des équipements situés sur des chantiers. Les vols de matériel ou d’équipements survenant sur les chantiers sont traités différemment des vols commis dans les locaux de l’entreprise, explique l’expert de la Vaudoise. D’un point de vue juridique, on distingue en effet trois types de vols. Premièrement, il y a le vol par effraction, qui implique que quelque chose ait été fracturé ou que l’on ait forcé une porte par exemple. Deuxièmement, il y a le vol par détroussement, qui est commis avec violence ou contrainte. Troisièmement, il y a le vol simple, qui concerne souvent les vols qui surviennent à l’extérieur. En matière de dédommagement, des conditions plus restrictives s’appliquent pour les vols simples que dans le cas des vols par effraction. Avec le vol simple, un montant maximal est défini d’avance. Avec les vols par effraction, la valeur totale de l’inventaire peut être assurée.

Outre les vols sur les chantiers, d’autres vols typiques sont ceux qui ont lieu dans la partie administrative d’une entreprise. Ces vols ont le plus souvent pour objet des valeurs pécuniaires et leurs auteurs sont préparés et équipés, notamment pour tenter d’ouvrir ou d’emporter des coffres-forts. Le type de coffre et son emplacement peuvent mettre en échec une telle tentative.

Les cambriolages peuvent avoir de graves conséquences pour les entreprises

Pour les entreprises, les implications d’un cambriolage vont souvent bien au-delà de la seule valeur des objets volés ou des dégâts occasionnés. En effet, une entreprise, active par exemple dans l’industrie ou l’horlogerie, qui est victime d’un cambriolage doit parfois interrompre ses activités plusieurs jours. Dans une telle situation, les assurances prévoient deux types de couvertures supplémentaires qui s’étendent au-delà du seul vol d’objets.

D’une part, il y a la couverture pour perte d’exploitation. Celle-ci couvre les pertes que l’entreprise a subies à la suite d’un vol, par exemple parce qu’elle a dû interrompre une partie de sa production. D’autre part, il est aussi possible de s’assurer contre les dommages dits de répercussion. C’est par exemple le cas si une entreprise achète ses composants auprès d’un fournisseur tiers qui est lui-même victime d’un vol. Une telle couverture permet ainsi à une entreprise de se prémunir contre les conséquences d’un dommage subi par une société tierce qui constitue un fournisseur clé.

Adoptant une approche globale, l’assurance inventaire Business One de la Vaudoise permet aux entreprises de s’assurer à la fois contre les vols commis par des personnes qui s’introduisent par effraction dans les bâtiments utilisés par l’entreprise mais aussi en cas de vol par évasion, par exemple lorsque des cambrioleurs se sont enfermés dans l’entreprise, ainsi que lors de détroussement.

Les assurances misent sur la prévention

En matière de prévention, les assurances collaborent-elles suffisamment avec la police ou d’autres autorités publiques? Cédric Béguelin estime que les rôles sont un peu différents de part et d’autre. La police réalise déjà beaucoup de campagnes de prévention destinées au grand public, estime-t-il. Les assureurs, eux, ont l’avantage de pouvoir sensibiliser la clientèle aux risques de cambriolage dans le cadre de leur relation avec les clients, par exemple lors du renouvellement d’une assurance ménage. «Chaque contact avec le client est l’occasion de faire des recommandations en matière de prévention. L’assureur et le client ont tous deux intérêt à ce qu’un sinistre puisse être évité», souligne-t-il. Et qu’en est-il de la collaboration avec les sociétés de sécurité? «Nous avons des contacts avec des sociétés de sécurité et il est important de savoir ce qu’elles proposent», relate-t-il. Dans certains cas, l’installation de systèmes d’alarme peut permettre d’obtenir des réductions sur les primes payées. En revanche, la Vaudoise ne propose pas des packages incluant à la fois des polices d’assurance et des installations de surveillance, préférant laisser la liberté du choix du prestataire au client.

Le sentiment de sécurité est plus influencé par des événements concrets que par les statistiques

Reste à savoir si l’installation de systèmes de surveillance permet de réduire effectivement les risques de cambriolages ou si elle contribue avant tout à renforcer le sentiment de sécurité de la population. A ce sujet, il n’existe pas de données statistiques permettant de mesurer objectivement le sentiment de sécurité de la population dans un endroit donné. Pour Cédric Béguelin, le sentiment de sécurité peut être certes influencé par la saison – les gens craignant davantage les cambriolages quand il fait nuit tôt – mais il l’est souvent surtout en raison d’événements spécifiques: «L’aspect émotionnel ou psychologique est important. Il peut y avoir un sentiment de stress dans un quartier dès lors que quelqu’un sait que son voisin a été cambriolé», observe-t-il, rappelant au passage que le nombre de cambriolages dans un canton comme Vaud a diminué au cours des dernières années.

Une tendance qui s’observe aussi dans l’ensemble de la Suisse. En 2019, la police a enregistré quelque 36 400 cambriolages, soit une baisse de 6,3% par rapport à l’an précédent, relevait en mars l’Office fédéral de la statistique (OFS). Reste que, tous les jours, pas moins de 77 habitations en moyenne en Suisse sont l’objet d’une effraction et que 23 d’entre elles subissent un vol par introduction clandestine, selon des données publiées à l’occasion de la Journée nationale de prévention contre les cambriolages du 26 octobre dernier.