Alors que l'ultime Coccinelle est sortie aujourd'hui des usines de Puebla au Mexique, après 70 ans d'existence et plus de 21 millions d'exemplaires vendus, les Allemands regardent l'avenir de Volkswagen avec un brin d'inquiétude. Si une belle page d'histoire se tourne au siège à Wolfsburg, les perspectives économiques du premier groupe automobile européen restent en effet incertaines.

Au premier semestre, le bénéfice net a été réduit de moitié, à près de 600 millions d'euros. Le chiffre d'affaires est en recul de près de 3%, à 42,8 milliards d'euros, et la menace d'un conflit social dans sa filiale brésilienne reste préoccupante. Le groupe de Wolfsburg a connu un recul de ses livraisons au premier semestre (–1,6%). La production, qui atteint près de 2,5 millions d'unités en six mois, a baissé de 2%. Selon la presse allemande, les résultats de Volkswagen en 2003 restent donc difficiles à prévoir. Ce qui sûr, c'est que le bénéfice sera très inférieur à celui de 2002.

Selon Bernd Pischetsrieder, le président du groupe Volkswagen, trois facteurs expliquent le recul important du bénéfice net du groupe (–57,5%). La dépréciation du dollar par rapport à l'euro, d'abord. Pour les analystes, Volkswagen perd 38 millions d'euros sur ses bénéfices avant impôt à chaque fois que le dollar gagne un cent sur la monnaie européenne. Cette année, la faiblesse de la monnaie américaine pourrait peser jusqu'à 1,3 milliard d'euros sur le bilan du constructeur.

Seule la Chine progresse

Volkswagen estime que la baisse de la demande touche l'ensemble du secteur et que le groupe n'a pas été épargné par l'évolution négative du marché. Comme celles de ses concurrents, les ventes reculent au premier semestre en Europe (–5,1%), en Amérique du Nord (–7,2%) et en Amérique latine (–17,7%). L'explosion des ventes en Chine (+41,5%), avec 378 000 véhicules vendus, n'a pas été suffisante pour compenser le manque à gagner sur les autres continents. Si Volkswagen reste leader en Chine (un tiers de parts de marché), l'Asie n'est pas encore un eldorado pour le constructeur allemand. Au Japon, les ventes ont baissé de 5,3%.

Bernd Pischetsrieder explique la chute des profits par un coût important consacré au développement et au renouvellement de sa gamme. Pour le deuxième semestre, Volkswagen compte sur le lancement de ses nouveaux modèles pour redresser la barre. La 4x4 Touareg, le monospace Touran, l'Audi A3 et surtout la Golf cinquième génération devront redonner des couleurs au bilan 2003 et surtout 2004. La Golf, qui représente un cinquième du chiffre d'affaires du groupe, sera présentée au salon de l'automobile de Francfort et mise en vente chez les concessionnaires dès cet automne. «Les effets positifs pourront se mesurer dès le quatrième trimestre de cette année», assure Bernd Pischetsrieder.

Quant à l'accueil réservé à la nouvelle berline de luxe Phaeton, il reste très mitigé. L'ancien patron, Ferdinand Piëch, avait fait le pari de lancer Volkswagen dans le haut de gamme. Il est loin d'être gagné.

Situation tendue au Brésil

Enfin, la situation de sa filiale brésilienne continue d'être préoccupante. En six mois, le marché brésilien s'est effondré (les ventes ont reculé de 21%). Au bilan 2003, Volkswagen do Brasil sera la filiale la plus déficitaire du groupe. La surcapacité de production a obligé Volkswagen à annoncer la suppression de 4000 postes sur 25 000. Mais la résistance du syndicat brésilien de la métallurgie est forte et menace le groupe d'un conflit social. «Une véritable poudrière qui pourrait bien faire exploser les pertes du groupe», craint le quotidien Süddeutsche Zeitung.

Le président de Volkswagen reste néanmoins optimiste. «Nos perspectives pour 2004 et pour les années suivantes sont excellentes», estime-t-il. Avec son allure d'empereur mexicain, cet amateur de surf des neiges, de cigares cubains et de voiture de sport, ne fait pourtant pas l'unanimité dans les milieux économiques. L'ancien patron de BMW est connu pour avoir englouti les juteux bénéfices du constructeur bavarois dans le rachat de l'anglais Rover. Ses détracteurs se demandent s'il sera capable un jour de dépasser les chiffres records de son prédécesseur, Ferdinand Piëch, avec une production de plus de 5 millions d'unités par an…