Automobile

Volkswagen mise sur un retour aux bénéfices en 2016

Le nouveau président du constructeur allemand a tenté de désamorcer la crise des moteurs diesels truqués, jeudi, lors de la présentation des résultats 2015 au siège de Wolfsburg. Le groupe a plongé dans le rouge en 2015 mais le cœur de l’activité est sain, assure la direction

Volkswagen (VW) avait habitué ses actionnaires à des bénéfices annuels supérieurs à plus de 10 milliards d’euros ces 20 dernières années. En 2014, les bénéfices nets du groupe ont atteint 11 milliards d’euros (12 milliards de francs). Mais avec le scandale des moteurs diesel truqués, VW a plongé dans le rouge. Pour la première fois depuis 1993, le groupe a terminé 2015 avec des pertes nettes de 1,6 milliard d’euros liées aux charges exceptionnelles – 16,2 milliards d’euros provisionnés en 2015 – nécessaires pour faire face aux conséquences financières du scandale, notamment aux États-Unis.

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Pourtant, VW mise sur un retour aux bénéfices dès cette année. «C’est possible, estime Frank Schwope, analyste automobile à la banque Nord LB. Parce que VW a gagné beaucoup, beaucoup d’argent pendant des années. Et parce que les ventes restent stables voire en légère hausse au premier trimestre.»

Un concurrent en difficulté

Malgré le scandale du diesel, VW a repris à Toyota sa place de premier constructeur mondial au premier trimestre 2016. Les ventes du Japonais ont, il est vrai, reculé de 2,3% suite à une explosion dans l’usine d’un de ses fournisseurs qui a obligé le Toyota à suspendre sa production pendant une semaine en février, faute de pièces détachées. Le groupe VW, de son côté, voyait ses propres ventes progresser de 0,8% dans le même temps, à 2,51 millions de véhicules. La marque VW a pu limiter les dégâts après le scandale, grâce à une politique de prix agressive, avec des rabais allant jusqu’à 20% chez les concessionnaires, et à la dynamique du marché chinois, responsable à lui seul de 50% des ventes.

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«VW doit cette progression au premier trimestre à ses ventes en Chine, rappelle Frank Schwope. Le diesel et la problématique des moteurs truqués sont absents du marché et du débat chinois, et depuis octobre dernier, les ventes sont particulièrement bonnes pour le groupe. Et si en Europe, la marque VW souffre d’un problème d’image, il n’en va pas de même pour les autres marques du groupe, Audi, Skoda ou Porsche.»

Tête à tête avec Barack Obama

VW redoutait avant tout les conséquences financières de l’affaire des moteurs truqués aux États-Unis. Le groupe s’en est plutôt bien sorti avec la signature en mars d’un accord à l’amiable avec la justice américaine, dont les détails ne sont pas encore connus. Jeudi à Wolfsburg, au siège du groupe, Matthias Müller révélait avoir eu quelques minutes de tête à tête avec Barack Obama lors de sa visite de la Foire de Hanovre en début de semaine pour s’excuser personnellement auprès du président américain pour le scandale.

«Je pars du principe que le scandale coûtera entre 20 et 30 milliards d’euros au groupe, estime Frank Schwope. Pour un groupe comme Volkswagen, qui a réalisé de si importants bénéfices au cours des dernières années, c’est supportable. Mais c’est autant de moins que les marques pourront investir dans les prochaines années, ce qui obscurcit l’avenir.» Et ce alors que VW, qui a pris du retard, doit investir massivement dans l’électro-mobilité. Matthias Müller annonce à ce sujet une offensive avec le développement de 20 modèles hybrides ou électriques d’ici 2020, au lieu de 9 à l’heure actuelle.

Un patron de transition

Matthias Müller, ancien patron de la filiale Porsche, a pris au pied levé la succession de Martin Winterkorn, qui a endossé la responsabilité du scandale. Mais Matthias Müller qui a passé toute sa carrière au sein du groupe n’incarne pas vraiment le renouveau. De plus, il a commis plusieurs erreurs dans sa gestion du scandale. Il a accompli une visite désastreuse à Detroit aux États-Unis en début d’année, au cours de laquelle il a semblé minimiser l’ampleur du scandale au lieu d’adopter profil bas. Et tout récemment, il n’a pas pu éviter que les débats internes sur les bonus de la direction soient étalés dans la presse. Visiblement, il n’est pas encore parvenu à s’imposer auprès des organes décisionnaires du groupe que sont le conseil de surveillance, les représentants du personnel et le Land de Basse-Saxe.

Au sein du Directoire, seul Herbert Diess, le patron de la marque VW – débauché voici 10 mois chez le concurrent BMW – ne peut être associé au scandale. De l’avis de certains observateurs, Matthias Müller serait un chef de transition, chargé de gérer les conséquences du scandale pour ensuite céder la place à Herbert Diess, qui a plus un profil de visionnaire.

L’un des prochains défis du groupe sera le round de négociations salariales qui vient de débuter avec les syndicats. «Les salariés des chaînes de montage, de la fonderie ou des services administratifs ne sont pas les auteurs des manipulations de logiciels des moteurs diesel, fait remarquer Harmut Meine, principal négociateur d’IG Metall. C’est pourquoi le personnel n’est pas prêt à en payer le prix. D’autres doivent en assumer la responsabilité.» Le syndicat réclame 5% de hausses de salaire, un élargissement du régime des retraites anticipées et un accord d’entreprise stabilisant l’emploi. En l’absence d’un compromis d’ici le 31 mai, IG Metall pourrait appeler à des débrayages.

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