Industrie

Volkswagen pourrait se séparer de Ducati

Le groupe automobile allemand a présenté des résultats jugés bons par les observateurs au premier trimestre. Les plans de restructuration adoptés à l’automne portent leurs fruits. Le groupe pourrait tourner le dos au concept des 12 marques

Volkswagen (VW), qui a publié mercredi des résultats encourageants, pourrait se remettre plus vite que prévu du scandale des moteurs diesel truqués. De l’avis des analystes, les plans de restructuration présentés à l’automne – avec notamment la suppression de 30 000 postes sans licenciements – commencent à porter leurs fruits. Le groupe serait aussi sur le point selon la presse allemande de revenir sur le concept des 12 marques.

L’ancien patriarche de Volkswagen Ferdinand Piëch voulait voir son groupe présent sur tous les créneaux de ce qui roule, des deux roues aux 40 tonnes en passant par voitures de course ou berlines familiales. Sous son règne, le groupe a atteint le cap des 12 marques. Mais Ferdinand Piëch, génial petit-fils du constructeur, désavoué, a vendu début avril ses parts à Porsche SE à l’issue d’un long conflit familial et après avoir perdu la direction du Conseil de Surveillance du groupe en 2015.

Des chantiers d’importance

Avec le départ du «Vieux», et surtout avec les remises en cause liées au scandale des moteurs diesel truqués, bien des choses pourraient désormais changer chez VW. «La crise du diesel aura au moins eu un mérite, résume Georges Dieng, analyste chez Natixis: elle aura obligé la direction à poser sur la table les questions qu’il fallait aborder depuis longtemps.» Portefeuille du groupe, développement des moteurs électriques, réduction des coûts… Autant de chantiers dont l’importance a pris de l’ampleur avec la crise.

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Depuis quelques semaines circulent des rumeurs de la revente prochaine de la filiale motos d’Audi, Ducati. Un potentiel client d’extrême Orient aurait déjà proposé un milliard d’euros (1,08 milliard de francs) pour la marque que s’était offert Ferdinand Piëch – un «caprice» à 860 millions d’euros – pour son 75e anniversaire en 2012.

«Des actifs dispensables»

«A l’époque, on s’était demandé ce que Ducati venait faire chez VW, se souvient Georges Dieng. Déjà, quand le groupe s’est lancé dans les poids lourds, on s’était posé des questions sur cette boulimie. Depuis la crise du diesel, il est devenu indispensable pour le groupe de passer en revue ses actifs, et de procéder à des arbitrages entre ceux qui sont indispensables ou pas. A mon avis, une dizaine d’actifs au sein du groupe ne sont pas indispensables à son épanouissement.»

Ducati – qui a réalisé l’an passé 731 millions d’euros de chiffre d’affaires avec 55 000 motos vendues – contribue à hauteur de 50 millions d’euros au bénéfice du groupe. Une goutte d’eau pour le géant allemand. «Ducati, estime Frank Schwope, analyste de Nord LB, était le jouet de Ferdinand Piëch et de son ancien bras droit Martin Winterkorn. Cet achat ne faisait aucun sens. S’occuper de cette marque ne fait que détourner l’attention des managers d’autres chantiers plus importants.»

Résultats records

Ce n’est pas à court de liquidités que VW se séparerait de Ducati. Et d’autres actifs pourraient suivre. Le groupe vient de publier l’un de ses meilleurs bénéfices d’exploitation trimestriels de son histoire, faisant état d’une hausse du résultat de la marque Volkswagen. Au cours du premier trimestre 2017, le résultat d’exploitation de la principale division du constructeur allemand a bondi à 869 millions d’euros, contre 73 millions un an plus tôt, signe que les mesures de réduction des coûts annoncées à l’automne dernier commencent à porter leurs fruits. Sur l’ensemble du groupe, au premier trimestre, le bénéfice après impôts a bondi de 43,9% à 3,4 milliards d’euros pour un chiffre d’affaires en progression de 10,3% à 56,2 milliards d’euros.

VW, dans le sillage du scandale des moteurs diesel qui devrait lui coûter entre 20 et 30 milliards d’euros, a réduit les coûts des matériaux, supprimé des modèles non rentables, et accordé plus de pouvoir aux marques et aux régions, dans le but de pouvoir répondre plus rapidement aux besoins du marché. En 2016, VW ravissait à Toyota sa place de premier constructeur mondial.

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