«Nous sommes l’un des gagnants du changement de paradigmes dans le secteur bancaire», a clamé Zeno Staub, le directeur général de Vontobel, au moment d’annoncer mercredi matin à Zurich la croissance de 47% du résultat net de sa banque, à 201,5 millions de francs, augurant d’une hausse du dividende. Le marché n’a toutefois pas eu la même interprétation, lui qui a fait baisser l’action de 3% en début d’après-midi alors que la séance était calme.

La hausse marquée du bénéfice de l’établissement zurichois de gestion d’actifs est due avant tout à un élément extraordinaire, les 91 millions de francs de produit net de la vente, début novembre passé, de sa participation de 4% dans l’assureur Helvetia à la coopérative Patria. Sans cet élément, la progression du résultat net aurait été nettement plus modeste, 12%, selon la banque.

Autre chiffre très soigneusement observé par le marché, celui de la progression des avoirs sous gestion, le nerf de la guerre dans une banque de gestion de fortune. Ils progressent de 4,4%, toutes catégories confondues, et ceci dans les quatre principales juridictions où la banque est présente (48% des fortunes viennent de Suisse), pour atteindre 195,4 milliards de francs. L’acquisition de Vescore, une entité appartenant à Raiffeisen jusqu’en septembre 2016, a ainsi contribué pour 7,9 milliards de francs à cette hausse des avoirs.

La page de la fraude fiscale est tournée

L’héritage du passé – ces avoirs non-déclarés au fisc mis à nu avec la fin du secret bancaire – ont certes pesé dans les comptes de la banque, mais de façon marginale: le règlement de l’affaire Ueli Hoeness a coûté une amende de 4,5 millions d’euros; la banque maintient une provision de 13,4 millions de francs en vue du règlement des fraudes découvertes par le Land allemand de Rhénanie du nord-Westphalie. Pour Zeno Staub, «l’instauration de l’échange automatique d’information représente beaucoup de travail pour nous, mais c’est l’aboutissement d’un processus engagé voici de nombreuses années». La page de la fraude fiscale est donc tournée.

Mais les flux nets, 5,1 milliards de francs, déçoivent le marché. Ils sont inférieurs aux 8 milliards enregistrés en 2015 et, aussi, aux attentes de la majorité des analystes. Pire, la banque a subi une véritable hémorragie (15,7 milliards de francs de retraits) l’an dernier suite au départ chez GQG Partners aux Etats-Unis de Rajiv Jain, le responsable des investissements. «Les retraits ont surtout été enregistrés au premier semestre et sont désormais terminés», a néanmoins précisé Zeno Staub.

La banque est plus fière des résultats de son activité dans les produits structurés, où elle gagne des parts de marché: 26% en Suisse, 6,8% en Allemagne, et où elle affiche ses ambitions ailleurs: en France, aux Pays-Bas et à Hongkong, où elle entend prendre pied cette année. Mais cette progression relative ne se traduit pas par des gains manifestes dans l’absolu. Les avoirs sous gestion s’élèvent à 6 milliards de francs en 2016 contre 7 milliards en 2014 encore, et même 8 milliards en 2011. La faute au recul du marché – -2% en Suisse l’an dernier, selon l’Association suisse des produits structurés (ASPS). Vontobel mise ainsi sur son implantation en Asie, une région où la clientèle potentielle passe pour plus joueuse, plus à la recherche de risques, et donc plus encline à acquérir des produits structurés suisses.

Le moyen de les attirer et de les retenir passe par la modernisation des applications pour téléphone portable et par les partenariats avec les banques locales, sur le modèle de celui conclu par Vontobel avec la Bank of Singapore. Mais Zeno Staub (dont la rémunération a progressé de 8,6% à 3,5 millions de francs) l’admet lui-même: «Le marché est de moins en moins en faveur des distributeurs, et de plus en plus entre les mains des clients».


Lire aussi: