C'est avec étonnement que les spécialistes ont appris la nouvelle mardi matin. Le groupe de gestion de fortune zurichois Vontobel renonce à son projet de banque en ligne dont le lancement était attendu dans les prochaines semaines. Après une année environ de travaux et d'investissements. Baptisée «y-o-u», la banque virtuelle de Vontobel avait obtenu sa licence bancaire de la Commission fédérale des banques (CFB) en décembre dernier et visait une catégorie de clientèle aisée qui n'a pas encore accès aux prestations de gestion de fortune de la banque. «Les limites de coûts et la durée prévues sont apparues irréalisables», explique le bref communiqué diffusé par Vontobel.

Avenir difficile

Cette décision concerne entre 40 et 50 personnes, mais celles-ci devraient retrouver un emploi au sein du groupe Vontobel, précise Tony Reis, président du conseil d'administration de y-o-u. Si de nouveaux intervenants sur le marché de la banque en ligne peuvent susciter le scepticisme, la Banque Vontobel paraissait bien armée pour mener à bien ce projet. Même si le lancement d'une banque en ligne requiert des moyens considérables. Les projets de «banque en ligne» pure semblent pourtant faire face à un avenir difficile alors que les initiatives qui émanent de grands groupes paraissent mieux loties. Lancé par le CS Group en 1999 et leader sur le marché suisse, «Youtrade» a atteint le seuil de rentabilité l'an dernier déjà.

De son côté, «e-sider», la banque en ligne de la BCV, devrait être rentable cette année. L'abandon de Vontobel ne décourage pas les initiatives pour autant. Un autre établissement de gestion de fortune zurichois s'apprête en effet à lancer une banque en ligne dans les prochains mois: la Banque Julius Baer. «Mais notre projet sera très différent, avec une structure de coûts allégée. Ceux-ci ne dépasseront pas 5% des charges d'exploitation», précise Jan Bielinski, porte-parole. A comparer aux coûts de 151 millions occasionnés par «y-o-u» sur les comptes 2000 de Vontobel. En dehors de ces considérations de coûts, la problématique juridique de l'identification d'un client par une banque virtuelle (Le Temps du 24 février) aurait aussi pu décevoir les ambitions de Vontobel. Il semble toutefois que les problèmes survenus concernent davantage les rapports entre Vontobel et PriceWaterhouse.

Action en chute libre

Si le titre Vontobel s'est déprécié de 2,7% à 4000 francs mardi en Bourse suisse, l'impact de l'abandon du projet y-o-u a été encore plus dramatique pour le titre Think Tools, déjà malmené par une crise de confiance (Le Temps du lundi 26 février). L'action Think Tools a perdu un tiers (–34%) de sa valeur à 132 francs mardi, dans de forts volumes.