La banque Vontobel s’est distinguée de ses concurrentes au premier semestre en atteignant ses objectifs d’afflux nets de capitaux, mais seulement dans la gestion de fortune. Les résultats semestriels dévoilés jeudi montrent qu’avec 3 milliards de francs de nouveaux avoirs, la principale activité du groupe zurichois a même dépassé l’objectif de 4 à 6% d’afflux d’argent frais fixé pour l’entreprise. «C’est le résultat de notre positionnement en tant que gérant spécialisé, qui fournit des services distinctifs. La majorité de nos clients ne recherchent pas des prêts ou du levier», détaille le directeur général Zeno Staub dans un entretien avec Le Temps. Ces capitaux frais sont provenus à 80% de Suisse, d’Allemagne, d’Italie, du Royaume-Uni et des Etats-Unis.

Les flux ont été stables entre le premier et le deuxième semestre, de même qu’en juillet, précise encore le banquier zurichois. Avec 85,7 milliards de francs d’avoirs fin juin (-10% par rapport à fin 2021), la gestion privée a généré des revenus opérationnels de 320 millions au premier semestre, en recul de 1% sur un an.

Plus tôt dans la semaine, Julius Baer avait révélé avoir subi des retraits nets au premier semestre, puis un retour à des flux positifs, alors qu’UBS avait connu un quasi-arrêt de sa collecte de fonds entre avril et juin, après un début d’année dans la norme des trimestres précédents.

Masse sous gestion en recul de 14%

Chez Vontobel, Zeno Staub s’attend à atteindre une croissance organique sur l’ensemble de l’année, après des sorties nettes de 1 milliard de francs (-0,8%) au niveau du groupe. Les actifs sous gestion totaux ont reculé de 14% entre fin 2021 et fin juin 2022, à 208,6 milliards de francs, sous l’effet de marchés en baisse.

La gestion d’actifs a enregistré des sorties nettes de 4 milliards au premier semestre. «Les clients institutionnels ont été moins demandeurs de nos solutions de gestion active, basées sur de fortes convictions et plus risquées», reprend Zeno Staub, qui ne s’attend pas à un retour significatif de la demande dans l’immédiat. «Il faudra pour cela que l’inflation atteigne un pic et que les investisseurs aient une meilleure compréhension de la façon dont la Réserve fédérale américaine et la Banque centrale européenne réagiront à ce pic, en plus d’une amélioration du contexte géopolitique.» Entre janvier et juin derniers, la division de gestion d’actifs a vu ses revenus opérationnels reculer de 15%, à 247 millions.

L’activité d’investissements numériques affiche un recul de 27% de ses revenus, à 120 millions. Les clients de cette division, autonomes et davantage orientés sur les transactions, sont généralement peu à l’aise dans des marchés qui enchaînent les hauts et les bas, note encore Zeno Staub.

Moins de bénéfice, moins de bonus

Vontobel affiche un recul de 21% de son bénéfice net sur un an, à 151 millions de francs. Ses revenus opérationnels ont baissé de 12%, tandis que ses charges diminuaient de 7%, malgré une hausse de 2% du nombre d’emplois en équivalent plein-temps (à 2160, dont plus de 1700 en Suisse). Cette baisse des coûts s’explique largement par la diminution des bonus, selon le patron de Vontobel.

Le ratio coûts/revenus, qui mesure l’efficacité d’une banque, s’est dégradé à 72,8% contre 69,1% fin 2021. Vontobel affiche enfin un rendement des fonds propres de 14,6%, en recul par rapport aux 18,7% du premier semestre 2021, mais supérieur à l’objectif de 14%. Jeudi, l’action perdait 2,7% un peu avant 15h30. Elle a abandonné près du quart de sa valeur depuis janvier.