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«Vontobel voit la fintech comme une opportunité»

Lionel Pilloud, directeur pour la Suisse romande de la Banque Vontobel, fait le point sur les perspectives pour les marchés en 2016, à propos de l’impact de l’évolution technologique et la consolidation du secteur bancaire helvétique

Lionel Pilloud, directeur pour la Suisse romande de la Banque Vontobel, ne se dit pas surpris du mauvais coup d’envoi dans l’année des marchés. Selon lui, l’évolution technologique est plus une chance qu’une menace. La consolidation en cours du secteur bancaire en Suisse offre aussi des opportunités de croissance. Entretien.

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Le mauvais départ des marchés dans l’année 2016 vous a-t-il surpris? Quels sont les principaux événements auxquels il faudra être attentif au cours des prochains mois?

Je ne sais pas si l’on peut parler de surprise, même si ce début d’année représente un défi de taille pour les investisseurs globaux. Pour nous, le thème majeur de 2016 sera le resserrement de la politique monétaire aux Etats-Unis et son impact possible sur l’économie. Les investisseurs prévoient deux hausses de taux, mais la Fed en anticipe quatre. C’est un écart important, qui pourrait générer une forte volatilité sur les devises et les marchés obligataires. Une remontée des taux freinerait sans doute les secteurs qui tirent l’économie américaine, en particulier l’immobilier résidentiel et les ventes de voitures. De plus, la baisse massive des cours des matières premières a fragilisé les pays exportateurs ainsi que plus largement l’ensemble des entreprises actives dans le secteur. Les capitaux investis dans ce secteur entre 2003 et 2013 ont été importants: on peut parler d’une bulle qui a implosé, avec des conséquences dévastatrices pour de nombreux pays émergents ainsi que pour leurs entreprises «nationales» souvent surendettées. La forte dévaluation des devises émergentes de ces deux dernières années a néanmoins remis les pendules à l’heure en améliorant la compétitivité, mais sans changement profond de politique les récessions sévères du Brésil ou de la Russie pourraient déboucher sur de vraies dépressions économiques. Enfin, la Chine reste sous pression, avec une demande réduite en matières premières et un impact négatif sur les exportations des pays émergents vers la Chine. Nous suivons attentivement ces développements, car ils pourraient déboucher sur une crise de crédit aiguë, qui aurait un fort impact sur l’activité globale.

La place financière helvétique a été transformée en profondeur au cours des dernières années. Parmi les différents facteurs suivants – la réglementation, l’évolution technologique ou la consolidation du secteur –, lesquels auront la plus grande influence sur l’évolution de la place financière en général et pour la Banque Vontobel?

Notre place financière connaît, il est vrai, toute une série de mutations, dont certaines ont été anticipées et d’autres peut-être moins par ses acteurs. Il s’agit là, à notre sens, d’une transformation profonde, une réelle mue qui est inévitable et même salutaire. L’ensemble des points que vous évoquez sont interconnectés et constituent un écosystème dont il est difficile de dire quel élément a ou aura le plus d’influence et à quel moment. L’important – en fait, la priorité – pour un gérant d’actifs mondial comme le nôtre est de conserver une vision à long terme et de garder le cap stratégique que nous nous sommes fixés.

A propos de la consolidation au sein du secteur, Zeno Staub, le directeur de la Banque Vontobel, avait affirmé il y a trois ans qu’une centaine de banques disparaîtront en Suisse au cours des prochaines années. Ce scénario vous paraît-il possible et est-ce aussi une opportunité de croissance pour vous?

A notre avis, la consolidation continue à offrir de réelles opportunités, que ce soit en Suisse ou à l’étranger. Mais même si les banques qui nous intéressent ont des portefeuilles séduisants, toutes les conditions que nous nous sommes imposées pour mener de telles opérations doivent être remplies, notamment en termes de conformité des actifs. Nous avons un objectif de croissance organique mais aussi par fusion ou acquisition, pour autant que les opportunités qui se présentent fassent du sens et soient appropriées à notre situation, comme c’était le cas pour notre rachat de Finter annoncé en septembre dernier. Une fusion ou une acquisition doit être satisfaisante sur le long terme, et ne représente pas un objectif en soi – de ce point de vue, la perspective à court terme n’est pas celle qui nous intéresse. Nous voulons pouvoir nous retourner dans dix ans en disant que c’était la bonne chose à faire.

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Quelles sont les chances pour la place financière suisse dans la gestion d’actifs et pour Vontobel en particulier?

La Suisse reste très attractive en tant que place pour la gestion d’actifs, comme le démontrent les afflux de fonds. En prenant un peu de recul, le secret bancaire représentait peut-être davantage un fardeau qu’autre chose, car son existence prenait une place démesurée par rapport à tous les autres atouts de la Suisse. Nous possédons également toute une tradition historique de gestion institutionnelle, grâce au développement précoce de nos fonds de pension. En ce qui nous concerne, nous suivons depuis le milieu des années 1990 une stratégie de conformité fiscale très claire, avec un objectif de croissance organique annuelle de 3 à 5%. Pour ce qui est des acquisitions, même des petits établissements peuvent contribuer de manière significative aux résultats du groupe, grâce aux synergies réalisées.

Depuis l’abandon du taux plancher le 15 janvier 2015, le potentiel d’appréciation supplémentaire du franc vis-à-vis de l’euro et du dollar est beaucoup plus restreint. Dans le cas du billet vert, les marchés anticipent surtout une appréciation du dollar face au franc. Quels en sont les implications en termes de stratégie de placement?

Nous prévoyons une parité stable du cours euro/franc autour de 1,10 pour 2016, avec un potentiel de dépréciation de 7 à 8% par rapport au dollar. Le franc reste surévalué par rapport à l’euro et la BNS reste très vigilante quant à une appréciation éventuelle. L’écart de taux entre la BNS (-0.75%) et la BCE (-0.30%) représente un facteur de soutien pour l’euro. Mais ne nous leurrons pas: le franc reste une devise structurellement forte, avec une économie suisse compétitive et une balance des paiements excédentaire malgré la forte appréciation de la monnaie depuis 2010. En termes de stratégie de placement, les actions suisses sont attractives et profiteront de leur exposition au dollar. En outre, le caractère défensif du marché présente un avantage dans un environnement où les bénéfices des entreprises au niveau global sont sous pression. Pour ce qui est des obligations de la Confédération en revanche, une diversification en devises fait beaucoup de sens, et nous privilégions les bons du Trésor américains. De façon plus anecdotique, les obligations libellées en couronne suédoise nous paraissent intéressantes en termes de diversification.

Sur le plan technologique, l’essor de la «fintech» a été un des sujets majeurs en 2015. Voyez-vous cela comme une chance ou une menace pour les acteurs établis de la place financière suisse?

Vontobel voit la fintech non comme une menace mais comme une opportunité d’offrir le meilleur service possible aux clients. En général, les banques privées suisses ont réagi relativement lentement à la numérisation, mais des développements importants ont eu lieu au cours des deux dernières années. Si les start-up ont sans doute une certaine maîtrise technique, les banques occupent une position unique dès lors qu’il s’agit de combiner la technologie avec la compétence et l’expérience bancaire, avec pour objectif de fournir aux clients des produits qui répondent à leurs besoins et intérêts, et qui offrent les plate-formes les mieux sécurisées en ce qui concerne par exemple la confidentialité.

Quelles innovations fintech pourraient-elles être intéressantes spécifiquement pour votre établissement?

Nous avons identifié les signes avant-coureurs assez tôt, et nous avons par exemple développé une plate-forme très complète, à la pointe de la technologie, destinée aux gérants indépendants, ainsi qu’une application mobile pour les clients privés. Cette dernière, lancée l’an dernier, permet au client de contacter directement sont conseiller et d’accéder en tout temps et n’importe où dans le monde à son portefeuille, aux marchés financiers et à notre recherche. C’est une réelle plus-value pour nos clients même si elle ne remplace en aucun cas le contact personnel entre le client et son conseiller. Notre investissement le plus significatif dans le domaine à ce jour est bien sûr la solution deritrade, qui permet aux professionnels de l’investissement de créer en temps réel des solutions d’investissement personnalisées, y compris des produits structurés, pour leurs clients.

Deritrade MIP (Multi Issuer Platform) va plus loin en ajoutant les produits d’émetteurs reconnus sur la plate-forme, ce qui permet aux investisseurs de bénéficier d’une source unique, avec tous les avantages que cela implique en termes de transparence et de performance. Et la solution deritrade Smart Guide tire profit de toutes les données détenues par deritrade, dans une optique «big data», en les mettant à disposition des clients. C’est un outil d’aide à la décision exceptionnel et une avancée en termes de transparence et d’efficacité pour les produits structurés. Avec deritrade, nous nous positionnons clairement en tant que leader sur le marché.

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