Un des représentants du maître d’ouvrage du canton de Vaud avait promis qu’il descendrait la rampe de 2,8 kilomètres en trottinette sitôt le chantier terminé. Il l’a fait. Trois mois plus tard, des athlètes du monde entier y faisaient leur jogging matinal. A l’évidence, cette coursive hélicoïdale qui relie les huit étages des 712 logements du Vortex – nouvel élément phare du campus de l’Université de Lausanne – est unique en son genre. Elle forme l’artère principale, sorte de rue conviviale, de ce projet hors du commun.

Inauguré en janvier dernier pour faire, dans un premier temps, office d’habitat temporaire pour les participants aux Jeux olympiques de la jeunesse, le bâtiment en forme d’anneau a été imaginé par l’architecte zurichois Jean-Pierre Dürig et devisé à 156 millions de francs financés par la Caisse de pensions de l’Etat de Vaud, maître d’ouvrage.

Inspiré des tulous chinois

Si on peut forcément y voir un clin d’œil au symbole du drapeau olympique, ce complexe géant estudiantin a un lien indissociable avec les résidences communautaires chinoises ancestrales des tulous. Construites dans des vallons plantés de théiers, elles étaient caractérisées par une enceinte défensive en terre crue de forme circulaire avec une ou deux portes d’accès. Les portes d’entrée des logements d’une centaine d’habitants étant reliées par des coursives au centre du bâtiment.

«L’idée de créer un cocon chaleureux où tout le monde se connaît est l’élément fédérateur du Vortex, confirme Vincent Wolfensberger, du bureau Itten + Brechbühl, chargé de la direction architecturale. On est loin de l’image des haies de thuyas qui séparent les terrasses de chacun. Ici, tout est pensé pour favoriser le vivre-ensemble des habitants.»

Concrètement, le bâtiment de huit étages regroupe 712 unités d’habitation, du studio avec kitchenette aux chambres individuelles avec cuisine commune, en passant par des appartements destinés à la colocation dont chaque chambre dispose d’une salle de bains privée, mais aussi quelques appartements classiques dédiés aux hôtes et familles académiques.

Le rez-de-chaussée répond à une affectation sociale, avec, en vrac, une salle polyvalente, une crèche, des commerces, un restaurant, des zones de vie ou petits ateliers pour étudiants telle une salle de musique. La cour intérieure d’un diamètre de 105 mètres, aménagée comme un parc, est meublée de gradins, bancs, fontaine. Point de départ d’une socialisation qui – en montant crescendo le long de la rampe où chaque habitant est libre d’aménager un espace de terrasse – peut aboutir sur le toit de l’anneau où est prévu un bar terrasse avec une vue panoramique. Le bâtiment est constitué d’une structure en béton et de bois pour les façades. Le béton reste apparent dans les habitations au mur et au plafond. Le sol étant revêtu d’un parquet.

Galerie d'images:  Les photos des athlètes dans le Vortex

Méthode de simulation constructive numérique

«La difficulté majeure pour concrétiser le Vortex tenait au fait d’insérer les 712 appartements, soit 829 chambres pour étudiants et 76 logements pour hôtes académiques, dans cette spirale en béton formée par une rampe en pente douce (environ 1%) sur 27 m de hauteur, détaille l’architecte. Conçue comme des boîtes rectangulaires d’habitation avec des ouvertures uniquement aux deux extrémités, chaque unité s’accole les unes aux autres orthogonalement. Quand on fait un tour complet, on monte un étage sans s’en rendre compte.»

Au niveau de la réalisation, cette répartition engendrait la contrainte de devoir mettre toutes les dalles horizontales des logements à niveau. «Une porte d’entrée n’est jamais à la même altitude que sa voisine. Hauteur de porte, seuil, caisson stores… tous ces éléments de volume ont donné lieu à un casse-tête intellectuel. Avec l’entreprise totale Losinger Marazzi, il a fallu travailler avec un soleil de référence marqué par un point central et constitué de données sur 360 degrés. Concrètement, le seuil de chaque porte avait une altitude définie», poursuit-il.

La bonne manœuvre des différents intervenants a été facilitée par une méthode de simulation constructive numérique, BIM (Building Information Modeling), qui consiste à associer informatiquement une maquette 3D à une base de données afin d’anticiper notamment les éventuels conflits sur le chantier entre les divers corps de métier. «Contrairement à la plupart des chantiers où chaque entreprise intervient à un moment donné, dans une zone spécifique et avec un esprit d’individualisme, le chantier Vortex a engendré un esprit collaboratif, positif et constructif, et ce, sous l’égide de Losinger Marazzi. On sentait la fierté de relever un défi architectural aussi complexe en moins de trois ans», s’enthousiasme l’architecte.

Près d'un millier d'étudiants

Avec le Vortex, la vie résidentielle de campus de l’Université de Lausanne prend réellement forme, après celui de l’Ecole polytechnique fédérale de Lausanne qui a commencé à construire des logements en 2010 déjà. Une vision qui a bien évolué depuis la construction du site de Dorigny, au début des années 1970, sans logements pour étudiants, les autorités craignant qu’une vie communautaire ne favorise les mouvements de révolte inspirés de Mai 68.

A la rentrée 2020, près d’un millier de jeunes et moins jeunes académiciens viendront penser le monde de demain dans cette spirale vertueuse.