Le vote sur l’or de la BNS fragilise le taux plancher

Monnaies A un mois du verdict populaire,la nervosité gagne le marché des changes

Obliger la Banque nationale à acheter 1500 tonnes d’or affecterait forcément le cours du franc

Le marché des changes se prépare pour le 30 novembre. La semaine dernière, le sondage de l’institut gfs.bern révélait que l’initiative de l’UDC «Sauvez l’or de la Suisse» récoltait l’adhésion de 44% des répondants, contre 39% de votes négatifs et 17% d’indécis.

Un ballottage favorable tout virtuel, mais qui a suffi pour que les opérateurs, en Suisse ou à l’étranger, commencent à prendre la question au sérieux. «Le risque lié à cet événement est en hausse, prévient Beat Siegenthaler, un stratège d’UBS cité par Reuters. Les chances du oui restent minces, mais s’il se concrétise, les implications seront gigantesques.»

Si le peuple suisse accepte cette initiative, la Banque nationale suisse (BNS) devra détenir au moins 20% de ses actifs en or. Aujourd’hui, ses 1040 tonnes d’or n’en représentent que 8%. Il lui faudrait en racheter au moins 1500 tonnes, pour parvenir au seuil imposé par la nouvelle loi.

Les cours de l’or viendraient donc à grimper, au sortir du vote. Même si les initiants précisent bien que la Banque nationale disposerait d’un délai de cinq ans pour répondre à cette exigence, la seule perspective qu’un opérateur de la taille d’une banque centrale ait pour obligation d’acheter une telle quantité d’or physique est un événement que les opérateurs ne veulent pas manquer.

Mais le marché des changes est aussi directement concerné. Aux cours actuels, la BNS devrait consacrer quelque 55 milliards de francs à ces achats d’or. Rien ne dit qu’elle n’acquerrait ces lingots que grâce à des francs. Mais théoriquement, elle le pourrait aisément. Il lui suffirait d’imprimer de nouveaux billets. Certains estiment pourtant qu’elle préférerait vendre des euros – elle en détient 174 milliards – pour disposer de plus de francs. D’autres la voient déjà, plutôt que d’augmenter le poids de l’or, réduire la taille de son bilan pour se rapprocher du taux imposé de 20%. Mais là aussi, une réduction de ses réserves de monnaies étrangères serait inévitable. Elle vendrait des euros, des dollars ou des livres sterling pour acheter du franc.

Au final, le marché considère que cette loi affaiblirait la marge de manœuvre de la banque centrale. Et remettrait à l’épreuve le taux plancher de 1,20 franc pour 1 euro, qu’elle défend avec succès depuis septembre 2011. C’est d’ailleurs aussi l’avis de son directoire qui, pour l’occasion, est sorti de son habituelle réserve pour s’exprimer sur une question politique.

Ces derniers jours, les options sur devise d’une durée d’un mois – qui permettent de se couvrir jusqu’aux jours qui suivront le vote – sont particulièrement plébiscitées. Sur la paire euro/franc suisse, la volatilité implicite, qui mesure à quel point une devise est susceptible de vaciller, est en forte augmentation.

Mais le phénomène est plus général, témoigne un négociant en devises officiant depuis la Suisse mais qui ne souhaite pas être identifié. Dans le marché des options, «les investisseurs se placent surtout en acheteurs de francs, contre n’importe quelle autre monnaie». En d’autres termes, ils parient sur un franc à la hausse. Le taux plancher, qui limite son ascension potentielle? «Il est encore considéré. Mais c’est comme si sa solidité était un peu moins certaine qu’auparavant», ajoute-t-il.

Une autre analyste, elle aussi citée par Reuters, est persuadée que le plancher ne cédera pas. Et que l’initiative sera refusée. Selon elle, d’ici au 1er décembre, lorsque la tension sera retombée, il vaudra donc mieux avoir parié sur une baisse du franc suisse face à l’euro ou au dollar.

En cas de oui et aux cours actuels, la BNS devrait consacrer55 milliards de francsà des achats d’or