L’enfance des patrons (1)

«Je voulais toujours être le numéro 1»

La fondatrice d’AC Immune aimait relever les défis de son frère aîné. Son enfance a été marquée par la maladie de ses parents

L’enfance des patrons (1/5)

«Je voulais toujours être le numéro 1»

La fondatrice d’AC Immune aimait relever les défis de son frère aîné

Son enfance a été marquée par la maladie de ses parents

La petite fille sérieuse aux boucles blondes, intriguée par les fleurs printanières du jardin familial, présentait un caractère bien affirmé du haut de ses 2 ans.

Née le 26 septembre 1957, Andrea Pfeifer a vu le jour un peu trop tôt dans une maternité munichoise. Sa mère l’attendait pour le mois de novembre. «C’était risqué à cette époque de naître avec un poids de 1,8 kg», explique la fondatrice et directrice d’AC Immune, une société lausannoise spécialisée dans la recherche sur la maladie d’Alzheimer. «Très gloutonne, j’ai rapidement pu quitter l’hôpital, passant de la dernière à la première place en matière de prise de poids.» Une première victoire qui aurait même surpris le médecin qui l’avait mise au monde.

Elevée dans une famille bourgeoise en Allemagne, Andrea Pfeifer est née alors que ses parents se remettaient petit à petit de la guerre. Son père – Hermann – avait pu terminer ses études d’ingénieur. «Concernant la guerre, mon père n’a jamais répondu à mes questions. Il fallait changer de chaîne de télévision lorsqu’une émission traitait du sujet. Je sais seulement qu’il a dû combattre à Stalingrad», relève-t-elle. Sa mère, en revanche, était plus loquace. «Elle survivait en revendant des denrées envoyées par ses sœurs établies aux Etats-Unis et exerçait une activité de boulangère pour nourrir sa famille et toutes les personnes qui avaient faim.»

Son frère de huit ans son aîné – prénommé Hermann également – a peut-être vécu l’arrivée de sa petite sœur avec une pointe de rivalité. «Lorsque nous étions enfants, il y a toujours eu une certaine compétition entre nous.» Agée d’à peine 4 ans, elle n’hésite pas à relever tous les défis qu’il lui lance. A l’exemple du saut d’un plongeoir de 3 mètres avec brassards au bord du lac de Garde en Italie. «Mon frère n’a pas osé sauter mais moi je l’ai fait, se souvient-elle avec encore beaucoup de fierté. Mes parents étaient affolés et furieux.» Cette expérience ne l’a pas traumatisée mais, au contraire, l’a initiée aux plaisirs aquatiques. «C’est encore une véritable passion», souligne-t-elle.

Ses parents lui transmettent la valeur du travail et de l’effort. Pour ses six ans, ils lui offrent un jeu de marchande. Grâce à son frère, les calculs n’ont déjà plus de secret pour elle. «J’adorais ce jeu. Je vendais les cigares de mon père au prix de 4 marks pièce (environ 3 euros) à tous ses collègues qui nous rendaient visite. Et j’exigeais des vraies pièces en échange, pas des jetons en plastique», explique celle qui a dirigé le Centre de recherche de Nestlé.

Considérée comme petite de taille et timide, Andrea Pfeifer commencera l’école avec une année de retard. Une décision qu’elle vivra avec une grande frustration.

Elle prendra vite sa revanche, se révélant une élève brillante dans tous les domaines, en latin, en grec avec une prédilection pour les sciences et la physique. Son premier livre lu en français, Le Petit Prince de Saint-Exupéry, l’a marquée. Une phrase plus particulièrement: «On ne voit bien qu’avec le cœur. L’essentiel est invisible pour les yeux.»

Andrea Pfeifer sautera finalement deux classes pour se retrouver dans une unité spéciale pour enfants présentant de grandes facilités. Une sorte de classe pour surdoués avant l’heure. «Je voulais toujours être le numéro 1. Pour moi, la deuxième place, ce n’était pas bien et la troisième, c’était exclu», se souvient-elle.

A l’âge de 11 ans, Andrea Pfeifer est confrontée à la maladie chronique de sa mère, régulièrement hospitalisée. «J’ai dû prendre en charge ma famille en me chargeant des repas. J’ai toujours aimé cuisiner et bien manger», souligne-t-elle. Pour impressionner son frère, elle ira même jusqu’à confectionner 16 variétés de biscuits de Noël et mitonner les plats de sa grand-mère.

L’adolescente ne s’est jamais révélée rebelle. «J’étais très coquette et entourée d’amis. J’ai d’ailleurs gardé un goût prononcé pour la mode. Aujourd’hui encore, quand je n’ai pas le moral, j’achète une robe ou des chaussures. Et tout va mieux», dit-elle amusée en montrant ses chaussures noires cloutées.

A 17 ans, Andrea Pfeifer obtient son baccalauréat. Une journée qui reste gravée dans sa mémoire. Elle reçoit un prix pour ses bons résultats généraux et apprend, durant la même journée, que son père a fait un infarctus. «J’ai craqué», avoue-t-elle.

Marquée par la maladie de ses parents, la directrice d’AC Immune a voulu faire des études de médecine. Pourtant, elle se tournera vers des études moins longues: la pharmacie. «Mon père était hospitalisé. L’avenir était incertain…» Estime-t-elle, avec le recul, avoir eu une enfance heureuse? «Oui, j’en suis certaine», conclut-elle avant de partir au pas de course à son prochain rendez-vous.

«A l’âge de 6 ans, je vendais les cigares de mon père à tous ses collègues qui nous rendaient visite»

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