L’entrée en vigueur du Règlement général sur la protection des données de l’Union européenne (RGPD) se fera le 25 mai prochain. Tous les sites que nous utilisons nous demandent donc de redonner notre accord aux nouvelles conditions d’utilisation et de transfert d’informations personnelles. C’est tout aussi compliqué et illisible qu’avant: 2818 mots pour la mise à jour de Google, soit deux fois plus que la déclaration d’indépendance américaine. Mais avons-nous vraiment le choix?

A supposer qu’un utilisateur arrive à lire ce qui lui est proposé, et surtout à le comprendre, peut-il refuser? Il n’est probablement plus possible aujourd’hui de dire non à Google. Il n’est pas plus faisable de s’opposer à Microsoft. Pour une grande partie de la population Twitter, Facebook ou WhatsApp sont devenus des moyens de communication indispensables. S’ils ont une valeur, laquelle?

Quelle valeur pour les services internet?

Erik Brynjolfsson, professeur à la Sloan School de Management du MIT, et deux de ses collègues ont essayé, de manière empirique, de mettre un prix sur ces services. Ils ont demandé à des utilisateurs combien d’argent ils devraient toucher pour abandonner telle ou telle offre. Leurs conclusions: 17 500 dollars par an pour ne plus utiliser de moteurs de recherche, 8500 dollars pour abandonner les messageries électroniques et 3500 dollars pour ne plus utiliser de cartes GPS. En revanche, les médias sociaux semblent moins indispensables: seulement 300 dollars pour les quitter.

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D’où la question que se posent certains: Pourquoi ne pas transformer ces services en une offre payante qui garantirait la protection des données et protégerait de l’intrusion de la publicité non désirée. Il serait concevable qu’une partie de la population soit prête à payer pour un service de qualité et transparent.

Payer, cette fausse bonne idée

Un modèle payant est théoriquement attractif mais c’est probablement une fausse bonne idée. Il se heurte à deux obstacles majeurs. Le premier est que de nombreuses entreprises ne pourraient tout simplement pas garantir les termes du service proposé, par exemple la confidentialité absolue des informations transférées ou détenues. Comme c’est un contrat payant, elles s’exposeraient à des actions en dommages et intérêts, voire même à des recours collectifs (class action).

Le deuxième est évidemment que les entreprises ne voudront pas changer le système actuel qui est particulièrement avantageux. Le gratuit contre l’échange d’informations personnelles est une drogue douce et insidieuse dont il est difficile de s’échapper. Preuve en est la difficulté qu’a la nouvelle génération, celle du millénaire, de concevoir qu’un service doive être payé tôt ou tard. Ils commencent pourtant à réaliser que si c’est gratuit, c’est très cher en transfert d’informations privées. Selon les mots de Tim Cook, président d’Apple: «Si vous pensez qu’un produit est gratuit, alors vous êtes le produit.»

Les masques tombent, les pratiques restent

La difficulté de s’extirper du système vient aussi du fait que nous ne sommes pas les seuls à choisir. Un utilisateur mécontent des nouvelles conditions proposées par Microsoft Outlook pourrait décider de ne plus utiliser cette messagerie. En revanche, l’entreprise dans laquelle il travaille peut arriver à la conclusion inverse et imposer cette messagerie comme celle «officielle» de la compagnie. Retour donc à la case départ.

En principe, les lois anticartels ont deux objectifs: maintenir la liberté de choix du consommateur et éviter que les entreprises n’abusent d’une position dominante. Aujourd’hui, ces deux principes sont bafoués. D’une part, le consommateur n’a plus la possibilité de se passer de ces services qui s’apparentent à des infrastructures. D’autre part, les conditions sont les mêmes partout. Ce n’est pas parce que les masques tombent que les pratiques changent.

En pouvant payer, le consommateur reprendrait effectivement le contrôle de la transaction. Mais même cette alternative n’est plus possible: un comble!