Café

«Nous voulons tripler les exportations de La Semeuse»

Fondé en 1900, le torréfacteur de café chaux-de-fonnier a été racheté il y a neuf mois par un groupe chocolatier. Entretien avec le nouveau propriétaire Nicolas Bihler

En mai, Marc Bloch annonçait la cession des activités de La Semeuse au groupe loclois Choco-Diffusion. Le nouveau propriétaire Nicolas Bihler raconte les difficultés de la transition mais réfute la perte d’ancrage local qui lui est parfois reprochée dans la région. Pour le jeune directeur, le torréfacteur doit toutefois se tourner davantage vers la Suisse alémanique et les marchés d’exportation où il espère tripler les ventes.

Le Temps: Êtes-vous satisfait des derniers résultats de La Semeuse?

Nicolas Bihler: Oui. L’entreprise se porte très bien. En attente des résultats, le chiffre d’affaires global du groupe devrait progresser en 2015 (environ 60 millions en 2014 ndlr.). Nous avons vendu 3,5 millions de capsules depuis leur lancement en 2015 et espérons continuer sur cette voie avec la mise sur le marché de deux nouvelles variétés: un «Espresso» et un «Lungo». L’ancien propriétaire Marc Bloch avait fixé pour objectif de vendre 10 millions de capsules en trois ans. On va y arriver.

- Différentes sources évaluent le prix de rachat de l’entreprise entre 15 et 20 millions de francs. Une fourchette réaliste?

- On va laisser les gens penser ce qu’ils pensent et croire ce qu’ils croient.

- Voilà 9 mois que vous avez repris la direction, comment s’est passée la transition?

- Elle s’est bien déroulée. J’ai la chance d’être épaulé par un directeur adjoint qui fêtera cette année ses 40 ans à La Semeuse. Il est notre Bible de l’entreprise. Nous avons appris beaucoup de choses et continuons à en apprendre. Cela dit, lorsqu’il y a un changement de direction, il y a toujours des divergences d’opinion. J’ai 41 ans, Marc Bloch en a 66. Ce sont deux générations avec des visions différentes des choses.

- L’ancienne équipe est-elle restée dans sa totalité?

- Oui, nous avons gardé les 35 employés et tous les cadres. La Semeuse compte même trois personnes de plus par rapport à mai: un directeur d’exploitation qui travaillait avec moi au Locle, une personne au marketing et moi-même.

- Marc Bloch devait rester jusqu’en décembre. Il est finalement parti en juin. Que s’est-il passé?

- Rien de dramatique. Pendant la transition, je me suis beaucoup rapproché du directeur adjoint. Marc Bloch était moins sollicité, son avis est devenu moins prépondérant. Vous savez, quand on a géré un groupe pendant des dizaines d’années, il est difficile de voir quelqu’un le faire à votre place. Cela me rappelle la situation que j’ai vécue à Choco-Diffusion en 2006. Lorsque j’ai repris l’entreprise à mon père, il m’a tout de suite dit qu’il ne tenait pas à me regarder faire dans un coin et s’est retiré. C’est quelque chose qui arrive souvent avec les entreprises familiales et Marc Bloch est une personne avec un caractère bien affirmé… Ceci dit, je respecte énormément ce qui a été fait. Les bientôt 116 ans d’histoire de La Semeuse témoignent de l’excellent travail des anciennes directions.

- Comment se sont manifestées les divergences entre vous?

- L’ancienne direction n’avait, par exemple, pas pour priorité de se développer en Suisse alémanique. Mais le marché suisse est très petit et nous bénéficions d’une excellente réputation outre Sarine qui peut encore être exploitée. D’autre part, par le passé, il n’y avait pas non plus de démarche active pour l’exportation. Cela s’est toujours fait de manière un peu informelle. À présent, nous aurons la chance de pouvoir profiter des canaux de diffusion de Choco-Diffusion. Nous avons une antenne à Miami et une autre à Singapour. Quand je prends l’avion, je suis heureux de retrouver mes produits à mon arrivée. Le but est d’exporter rapidement 20 à 30% de la production, contre 10 aujourd’hui.

- Dans la région, on vous reproche d’avoir diminué le mécénat de La Semeuse, pourtant reconnue pour ses investissements dans la culture…

- Le budget sponsoring n’a pas diminué. Nous continuons à soutenir tous les théâtres de Neuchâtel. Nous recevons entre 5 et 10 demandes par jour que nous les étudions toutes avec intérêt. Mais nous ne pouvons pas subventionner tout le monde. C’est vrai, nous avons arrêté une subvention de 18 ans à Espace 2. Mais ce soutien s’est reporté sur d’autres événements locaux. Nous tenons à notre rôle d’entreprise citoyenne. Par le passé aussi, certaines subventions ont été arrêtées. Ce n’est jamais facile. La Semeuse est peut-être aussi plus observée qu’une autre.

- Vous comprenez les inquiétudes de ceux qui craignent que La Semeuse devienne une entreprise moins ancrée localement?

- Oui, je les comprends. L’important c’est que le pouvoir décisionnel reste dans les montagnes neuchâteloises. En Suisse alémanique d’autres groupes ont acheté de petits torréfacteurs régionaux. Aujourd’hui, ils sont tous fermés, la production a été rapatriée sur un site. Notre volonté, comme celle de la famille Bloch, était de rester dans la région.

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