Métiers en mutation

«Voyager, ce n’est pas des vacances»

A Lausanne, l’agence Voyages et Culture résiste et grandit grâce à sa spécialisation dans les circuits pédagogiques en Orient. Ce n’est pas un créneau, c’est une ligne de conduite, affirme son patron François Leresche

Dans le cadre d'une série consacrée aux métiers qui se réinventent, Le Temps met à l'honneur les différents milieux professionnels au sein desquels une révolution s'opère. 

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«Nous sommes des pédagogues. Le monde mérite d’être découvert sans préjugés.» Avec François Leresche, on n’est jamais tout à fait sûr qu’il est en train de parler de son métier. Dans son discours s’entremêlent philosophie de vie et gagne-pain. Parce que son travail, c’est sa passion. Sa vie.

François Leresche est le fondateur et patron de Voyages et Culture à Lausanne. Son agence de voyages emploie dix personnes. Et tant ses effectifs que le nombre de ses clients sont en augmentation.

Pour le dire autrement, l’agence, qui possède également un bureau à Zurich, est la preuve vivante que les petites entités peuvent régater face à l’explosion des offres sur Internet. Mieux encore, aujourd’hui plus qu’hier, sa spécialisation la différencie de la masse des Booking, Ebookers ou encore Trivago. «Les gens viennent ici parce que nous sommes très compétents à propos des destinations que nous proposons, insiste François Leresche. Si une agence indépendante veut être créatrice de voyages, et non pas un simple intermédiaire entre les clients et les grands tour-opérateurs, elle doit impérativement être spécialisée dans une partie du monde.»

Une lente érosion

En somme, il faut se démarquer, offrir quelque chose d’unique. Car, dans le secteur, la concurrence est rude. Les petits comme les grands bureaux de voyages subissent les conséquences du fait que tout est disponible sur la Toile. Selon les statistiques publiées chaque année par la Fédération suisse du voyage (FSV), le chiffre d’affaires moyen par collaborateur est passé sous la barre du million de francs depuis maintenant deux ans. En 2016, il atteignait 880 000 francs, contre 1,02 million en 2013. Le constat est simple: le recul des revenus des agences établies sur sol suisse est limité, mais il est continu.

Avec un prix moyen de 7500 francs, ses propositions ne sont pas à la portée de tous. Le patron le sait et l’assume.

De son sondage 2017, la FSV retient toutefois deux tendances positives. Tout d’abord, «l’instabilité géopolitique incite les clients à recourir davantage aux services des agences de voyages pour organiser leurs vacances». Ensuite, un nombre croissant d’agences ont compris l’importance d’utiliser les canaux en ligne non plus seulement pour informer, mais aussi pour vendre directement leurs prestations.

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François Leresche paraît bien éloigné de ce genre de préoccupations. Il a ouvert son agence il y a 34 ans. Aujourd’hui, il est en train de revendre 50% des parts qui lui restent à son associée. De grands groupes ont montré leur intérêt pour les racheter, confie-t-il aussi. Preuve que, pour les industriels du voyage, des bureaux comme le sien sont un créneau intéressant.

Il corrige: «Ce n’est pas un créneau, ni une stratégie, c’est une ligne de conduite. Nous avons toujours voulu faire ainsi.» Depuis sa création, l’agence s’est toujours spécialisée dans les pays d’Orient. Le Proche-Orient, l’Asie centrale et l’Asie, principalement. Son catalogue 2018 contient, par exemple, un circuit de neuf jours en Iran et en Ouzbékistan.

Avec un prix moyen de 7500 francs, ses propositions ne sont pas à la portée de tous. Le patron le sait et l’assume. L’agence organise des voyages de groupe et est aussi mandatée par des entreprises pour réserver des déplacements. La majeure partie de sa clientèle privée, pour qui sont construits des voyages sur mesure, «a entre 50 et 65 ans, une formation supérieure et est aisée financièrement».

«Booking.com n’est pas le diable»

Elitiste? «Nous savons aussi faire des voyages à 2500 francs», répond-il d’abord. «Lorsqu’on a 25 ans, on découvre autrement, c’est naturel», ajoute-t-il. «Il est exclu d’organiser des week-ends à Berlin ou à Barcelone, poursuit-il. C’est du gaspillage humain, de temps et de kérosène!»

S’il a un avis bien arrêté sur la question, François Leresche ne nie pas que les plateformes en ligne ont parfois leur utilité. «Booking.com n’est pas le diable, concède-t-il par exemple. Je l’utilise parfois pour aller à Paris.» De même, la masse d’informations disponibles sur la Toile permet «aux gens de mieux se préparer, c’est positif».

Se préparer ici, mais aussi acquérir des clés de compréhension pour mieux appréhender ce que l’on va découvrir. On l’a compris, pour François Leresche, un voyage, c’est du sérieux. «On le prend sur son temps de vacances. Mais ce n’est pas des vacances.»

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