Lors des élections de novembre dernier, lorsque les olibrius du Tea Party faisaient leur entrée tonitruante au Congrès américain, chacun de s’interroger: quels effets cette irruption populiste aurait-elle sur la vie des Etats-Unis? Comment la classe politique traditionnelle allait-elle réagir? Quelles seraient les chances de trouver des accords pour résoudre malgré tout les graves menaces qui planent sur le pays?

La réponse vient de tomber. La tragicomédie qui a entouré l’impasse budgétaire américaine indique que ce sont eux qui dirigent désormais la carriole. Ils ont imposé les termes du débat, choisi la route, décidé la vitesse, effrayé les occupants en jouant avec la proximité des précipices. Ils ont épuisé les plus valeureux.

En transformant la question du relèvement du plafond de la dette en un chantage, les tenants du Tea Party ont dicté une nouvelle manière de gouverner. Le président des Etats-Unis a reculé. Il a cédé sur la plupart des points importants et s’est retranché pour défendre l’indispensable (augmenter les impôts des hyperfortunés). Puis il a de nouveau reculé. Pour lui et les siens, cet épisode est une défaite sans appel.

Certes, cela aurait pu être pire. La Maison-Blanche conserve ainsi une (très étroite) marge de manœuvre pour les étapes suivantes: les 2500 milliards de dollars que l’Etat devra économiser pourront être étalés sur dix ans, ce qui laisse l’espoir de voir un peu passer la mauvaise situation économique actuelle, avant que ces réductions ne viennent encore l’aggraver en réduisant l’emploi et les investissements. La perspective d’une hausse des impôts pour la catégorie des ultrariches est encore envisageable, qui réduirait un peu les inégalités de plus en plus criantes dans le pays. Mais elle dépendra de la volonté d’une poignée de parlementaires, un «supercomité» qui devra réussir là où tous les collègues ont échoué jusqu’ici. En donnant tous les signes d’être démuni face à ces attaques d’un genre nouveau, le système politique américain ne rassure pas. Le président Obama lui-même a qualifié tout le processus à l’œuvre ces dernières semaines de «messy» (embrouillé, désordonné). Ce n’est pas fini. Le même mot s’applique aussi au résultat obtenu et aux futurs développements prévisibles.