Santé

Vytenis Andriukaitis: «Les Etats doivent s’allier pour peser face aux pharmas»

Le commissaire européen à la Santé voit dans une meilleure coopération entre les Etats le meilleur moyen pour faire baisser les coûts de la santé. Il s’exprime mardi au campus Biotech de Genève

Commissaire européen à la Santé et à la Sécurité alimentaire, Vytenis Andriukaitis ne voit rien d’inéluctable dans l’augmentation des coûts de la santé. Ministre lituanien de la Santé de 2012 à 2014 (il est également cosignataire de l’acte d’indépendance de son pays en 1990), il estime que les Etats devraient abandonner certaines de leurs prérogatives nationales et mieux coopérer, notamment quand ils négocient avec les entreprises pharmaceutiques. Le Lituanien sera mardi de passage au Campus Biotech de Genève pour parler des grands enjeux sanitaires à venir lors du Health Care Summit, coorganisé par Le Temps et Politico.

Le Temps: En tant que commissaire européen à la Santé, quels sont, pour vous, les trois enjeux majeurs du secteur?

Vytenis Andriukaitis: Au niveau épidémiologique, la résistance antimicrobienne tue chaque année 25 000 personnes. Du point de vue des soins, nous manquons encore de médecins de premier recours. Mais le gros enjeu européen est le vieillissement de la population et, consécutivement, l’augmentation des maladies chroniques.

– Justement, les coûts de la santé explosent dans tous les pays. Est-ce inéluctable?

– Il n’y a que la coopération entre les pays qui puisse l’enrayer. Mais il existe de nombreuses entraves. Comme vous le savez, la santé est une compétence nationale au sein de l’Union européenne et il faut encore faire comprendre aux Etats quels bénéfices ils peuvent tirer d’une coopération.

– Par exemple?

– Il faut faciliter les accords sanitaires pour que les gens puissent se soigner dans le pays de leur choix, peut-être celui où ce sera le moins cher. Nous avons créé un réseau de 300 hôpitaux répartis dans 26 Etats membres. Par la télémédecine, il est possible de convoquer des «conseils virtuels» de médecins provenant de différentes disciplines afin de diagnostiquer et d’évaluer le traitement d’un patient. Une meilleure coopération peut également résoudre le problème des pénuries de vaccin et réduire le coût des médicaments grâce aux économies d’échelle.

– Cela ne veut-il pas dire également que ces Etats auront un meilleur pouvoir de négociation face aux groupes pharmaceutiques?

– Bien sûr, les Etats doivent être outillés afin de négocier avec des pharmas qui égalent leur produit intérieur brut en termes de chiffres d’affaires. On a vu des alliances de ce type avec les pays méditerranéens ou avec ceux du Benelux. Cela permet à ces pays de peser davantage et d’échanger des informations concernant le prix des médicaments. Les Etats doivent le comprendre.

– Faudrait-il un système sanitaire commun à l’Europe?

– Il y a 28 Etats membres et 28 systèmes différents. Certains sont orientés marché, d’autres se basent sur une systématisation des installations hospitalières (une plus grande spécialisation des établissements, ndlr) et il y a des modèles mixtes. Cela représente un paysage varié dont nous cherchons à analyser les forces et faiblesses. Nous voulons aboutir à un système qui soit le plus centré sur le patient. Je pense notamment à la possibilité de traiter les gens chez eux.

– Qu’est-ce qui fonctionne par exemple?

– On a des modèles communautaires en Espagne, en Italie, en Estonie ou aux Pays-Bas qui permettent de diminuer les inégalités dans l’accès aux soins. Les fonds structurels européens peuvent aider les Etats à faire cette transition depuis un modèle plus institutionnel de santé. Parmi les autres exemples instructifs, je citerai les politiques de réduction du sucre, du sel ou du tabac de certains pays.

– Des exemples positifs en lien avec la Suisse?

– Nous avions une coopération stable et de longue date avec la Suisse. Mais c’était avant le référendum de février 2014 (contre «l’immigration de masse», ndlr). C’est plus compliqué à présent. Mais les contacts se poursuivent au niveau technique, par exemple en lien avec la lutte contre les pandémies.

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