Wall Street hésite. Fera-t-il entrer 2016 dans l’histoire, en en faisant l’année qui aura vu le Dow Jones franchir les 20 000 points? Jeudi, pour l’avant-dernière séance de l’exercice, l’indice des 500 plus grandes capitalisations américaines a commencé la journée en légère hausse et valait environ 19 870 points.

2016 restera quoi qu’il en soit un exercice particulier. Wall Street a battu plusieurs records depuis l’élection surprise de Donald Trump à la présidentielle américaine, le 8 novembre dernier. Ainsi, le Dow Jones terminera sur une progression d’environ 14%, malgré une forte chute lors des premières semaines de l’année.

Donald Trump ne suffit pas

Mais expliquer cette hausse par la simple arrivée de Donald Trump au pouvoir n’est pas suffisant. Certes, le républicain promet une relance budgétaire, la création d’emplois, de la dérégulation bancaire et des baisses fiscales. Mais tous ses projets ne sont que les accélérateurs d’un rebond déjà amorcé depuis le printemps. Depuis que les investisseurs ont intégré que cette fois-ci, la reprise était véritablement engagée aux Etats-Unis.

Responsable des investissements chez UBS, Mark Haefele met en lumière le contexte, qui s’est totalement inversé entre décembre 2015 et aujourd’hui. L’annonce d’une deuxième hausse de taux, le 15 décembre dernier, a accéléré le rebond des actions américaines. Pourtant, un an auparavant, la première hausse de taux depuis dix ans aux Etats-Unis avait provoqué des ventes massives sur les marchés actions.

A l’époque, la croissance des bénéfices des entreprises américaines ralentissait, les prix du pétrole baissaient et les indicateurs industriels pointaient vers une contraction de l’activité qui faisait penser que la reprise ne serait pas aussi prompte que prévu. A cela s’ajoutaient de gros doutes sur la politique économique menée par le gouvernement chinois.

Un an plus tard, c’est tout le contraire: les perspectives de bénéfices sont positives, l’activité industrielle progresse, le cours du baril remonte, l’inflation aussi et les craintes d’un atterrissage brutal de la Chine ont pratiquement disparu. Si bien qu’aujourd’hui, la seule question est de savoir si l’élan américain sera suffisant, dans sa durée et son ampleur, pour tirer le reste de l’économie mondiale dans son sillage.

L’Europe «pas très convaincante»

Car pour l’heure, en Europe, la situation est différente. La zone euro continue à panser ses plaies. «L’image que renvoie l’Europe n’est pas très convaincante, résume Stefan Rösch-Rütsche, responsable d’EY Suisse, dans une étude consacrée aux grandes capitalisations boursières. Le continent est politiquement divisé, les économies nationales connaissent des sorts très divers et la crise de la dette semble pouvoir éclater à nouveau. Elle est d’ailleurs déjà en train de peser sur le secteur financier.»

C’est notamment le cas en Italie. Ainsi, à Milan, l’indice a été plombé par les valeurs bancaires. Il a perdu plus de 7% depuis le début de l’année. L’ambiance est meilleure en Allemagne, où le Dax a progressé de plus de 6,5%. Le CAC40 français, lui, a gagné 4,5% depuis janvier. Une performance qu’il a en fait réalisée au cours de ces trois dernières semaines.

De ce côté-ci de l’Atlantique, un indice se porte beaucoup mieux que les autres. A Londres, le FTSE bat de nouveaux records, à plus de 7100 points. Sa progression atteint presque 17% depuis le début de 2016.

Les cours sont soutenus par plusieurs facteurs: la résistance de l’économie britannique malgré le choc du vote sur le Brexit, la faiblesse de la livre sterling qui bénéficie aux exportateurs, mais aussi et surtout les fortes progressions des géants miniers et pétroliers qui composent l’indice principal – BHP Billiton, Anglo American, Rio Tinto, BP ou Royal Dutch Shell.

+12% sur les matières premières

Cet élan sectoriel est la conséquence du retour en grâce des matières premières. Egalement malmenés en début d’année, les cours des métaux industriels sont ceux qui ont connu la plus forte progression. En tête, le fer, en hausse de 75%, et le zinc, avec un rebond de 60% depuis un an.

Comme dans le cas du pétrole, avec la réduction de la production finalement décidée par l’OPEP, ce sont des décisions stratégiques de baisse de l’offre qui ont inversé la tendance. Glencore et d’autres géants de l’extraction ont tour à tour fermé des mines ou suspendu certaines activités afin de «raréfier» quelque peu leur fonds de commerce.

Du côté de la demande, l’optimisme retrouvé sur la tenue de l’économie chinoise – première consommatrice mondiale de matières premières – a lui aussi contribué à faire remonter les prix. Enfin, le plan d’investissements promis par Donald Trump dans les infrastructures a fini par confirmer une tendance déjà bien engagée.

Ainsi, depuis le début de l’année, l’indice Bloomberg incluant les cours de 22 matières premières affiche une hausse de presque 12%. A environ 88 points, il reste très loin des 240 points de l’été 2008. Son record historique.