Marchés

Wall Street monte, mais la prudence s’impose

Les indices boursiers américains font beaucoup mieux que leurs homologues européens ou asiatiques. Mais les experts préviennent: les gains sont concentrés sur une minorité d’entreprises et la guerre commerciale n’est que suspendue

Mercredi à Wall Street à l’ouverture, les principaux indices américains étaient orientés légèrement à la hausse, maintenant le cap de ces derniers jours. Le S&P 500, qui regroupe les 500 plus grandes entreprises cotées à Wall Street, va de record en record. Le Nasdaq, qui concentre les valeurs technologiques, a atteint la barre des 8000 points mardi, dépassant largement le niveau au moment de l’explosion de la bulle technologique en 2001.

Lire aussi: Les marchés sont ultrasensibles à la guerre commerciale

Par rapport aux principales places financières mondiales, New York se distingue comme la plus grande gagnante depuis le début de l’année. Le S&P 500 a progressé de 8,64% et le Nasdaq de 16,32%. A titre de comparaison, Londres, Berlin, Madrid, Milan, tout comme Zurich, évoluent en baisse. En Europe, Paris fait exception (+2,3%). En Asie du Sud-Est, c’est la dégringolade: Shanghai (–16,26%), Shenzhen (-21,52), Hongkong (-5,02%). Seul Tokyo est en légère progression (+ 0,37%).

Tendance haussière depuis neuf ans

Pour Anu Narula, responsable des Actions Monde de Mirabaud Asset Management, le rally de Wall Street est lié notamment à la bonne performance des entreprises américaines. «Ces dernières ont profité pleinement des rabais fiscaux offerts par l’administration Trump», fait-il remarquer. Mais pour Samy Chaar, chef économiste de la banque Lombard Odier, la tendance haussière de Wall Street prévaut déjà depuis neuf ans. «La dynamique cessera d’opérer lorsque les conditions de financement de l’économie se resserreront», affirme-t-il.

Lire également: Coups d’assommoir pour Donald Trump

Donald Trump, qui se dit ami de Wall Street, ne cesse de revendiquer la paternité de la hausse boursière. N’avait-il pas ironisé la semaine passée, disant que les marchés dégringoleraient si une procédure de destitution devait être lancée contre lui? Il en était question, puisque deux de ses proches alliés ont été jugés coupables de délits financiers.

«Il y a effectivement un sentiment général que l’économie américaine va continuer à s’améliorer, ce qui nourrit l’optimisme des investisseurs, commente Viraj Patel, analyste à la banque ING, à Londres. C’est un rally prudent basé sur l’idée que les risques d’une rechute sont désormais diffus.» Pour preuve, l’indice de confiance des consommateurs américains a fait un bond en août et a atteint un niveau pas vu depuis octobre 2000.

Risques d’escalade de la guerre commerciale

«Le succès de la renégociation de l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA) entre les Etats-Unis et le Mexique et éventuellement par le Canada a aussi stimulé les investisseurs», poursuit Viraj Patel. Mais plus important, selon lui, les risques d’escalade de la guerre commerciale entre les Etats-Unis et la Chine se dissipent.

Des négociateurs chinois et américains se sont vus la semaine dernière à Washington et même si aucun cessez-le-feu n’a été signé, le ton a été à l’apaisement. «Le président Trump ne ferait vraisemblablement rien pour envenimer la situation à l’approche des élections de mi-mandat au Congrès de novembre, estime Viraj Patel. Logiquement, il ne voudrait pas créer d’incertitude sur l’économie américaine avant cette échéance.»

Lire aussi: La Fed maintient le cap au grand dam de Donald Trump

Une poignée d'acteurs

Le rally boursier américain n’est toutefois pas une occasion pour sabrer le champagne. Selon Viraj Patel, les investisseurs ont basé leur décision sur des sentiments. «Si l’on tient compte des fondamentaux, la nouvelle version de l’Aléna correspond davantage à des vœux politiques du président Trump qu’aux changements profonds, souligne-t-il. De la même façon, la guerre commerciale est mise en veilleuse, mais les risques qu’elle s’exacerbe n’ont pas disparu.» Il fait également ressortir que les gains de Wall Street ne concernent qu’une poignée d’acteurs alors que la majorité des entreprises cotées sont plutôt stables.

La montée du Nasdaq fait-elle craindre une bulle? Anu Narula, de la banque Mirabaud, relativise ce risque même si l’indice Nasdaq se trouve à présent bien plus haut qu’au moment de l’explosion de la bulle internet au début des années 2000.

Selon lui, les activités de grandes entreprises technologiques ont évolué au fil des années. En effet, la hausse des valeurs de grandes sociétés comme Apple, Amazon ou encore Facebook et Google est basée sur des activités réelles qui génèrent désormais des monnaies sonnantes et trébuchantes.

Publicité