Enfin. Wall Street aura attendu le mois de juillet pour sortir de l'hibernation. Malgré un petit coup de faiblesse vendredi, l'indice du S & P 500 semblait bien parti pour enchaîner une cinquième semaine de progression d'affilée. Il avait effleuré la veille à 1243,72 points son plus haut niveau depuis juin 2001. Au total, sa hausse en juillet avoisine 3,8%, tandis que le Nasdaq s'enorgueillit d'un rebond supérieur à 6%. Le retour à une meilleure fortune des actions a d'ores et déjà fait une victime collatérale: le marché obligataire. Vendredi, la confirmation de la vigueur de la croissance américaine (+3,4 % en rythme trimestriel annualisé au deuxième trimestre), annonciatrice de nouveaux resserrements de la politique monétaire, a fait regagner 0,09% à 4,28% aux taux sur les bons du Trésor américain à dix ans. Sur l'ensemble de juillet, les rendements, qui évoluent à l'inverse des prix, se sont tendus de près de 0,4%, leur plus sévère remontée depuis novembre 2004, rappelle Bloomberg.

Du côté de la Bourse, il n'y a pas l'ombre d'un doute. La confiance retrouvée des investisseurs doit tout à la solidité des bénéfices affichés par Coporate America. Vendredi soir, les trois quarts des entreprises du S & P 500 avaient dévoilé leurs résultats au titre du deuxième trimestre. Ce faisant, 71% d'entre elles ont excédé les attentes de la communauté financière, une proportion qui se cantonne à 59% lors d'un trimestre «typique», rappelle Thomson Financial. En glissement annuel, les bénéfices ont en moyenne progressé de 9,4% (données établies au 22 juillet), sensiblement plus que les 7,4% prévus début juillet.

Et qu'importe que la décélération soit marquée après la hausse de 13,9% des bénéfices au premier trimestre. «Ces chiffres démontrent que les analystes avaient fait preuve d'une prudence excessive», commente un gérant de Genève. Pas plus la cherté du pétrole que l'appréciation du dollar n'ont eu de prise sur l'activité des sociétés. En outre, «la progression de leurs bénéfices reste largement supérieure à la moyenne de long terme comprise entre 6 et 7%», ajoute le spécialiste. «Je continue à croire que le second semestre sera plus favorable aux actions […] si la saison des résultats se poursuit à ce rythme», note pour sa part Henry McVey, stratège chez Morgan Stanley. Cerise sur le gâteau en effet, le redressement des actions américaines est sain puisqu'il ne s'accompagne pas d'une expansion désordonnée des multiples comme à la fin des années 1990. A 16,5, le ratio cours sur bénéfices 2005 du S & P 500 reste tout à fait raisonnable, s'enthousiasme le financier genevois.