«Bonjour à tous, bonnes nouvelles.» C'est ainsi que mardi matin l'on saluait, sur les forums de conversation des sites financiers, les spéculations croissantes sur une intervention énergique de la Réserve fédérale cette semaine encore. Bonnes nouvelles, voire… Tout semble indiquer qu'une baisse anticipée des taux ne provoquera pas un redressement durable des marchés financiers. Car la diminution du loyer de l'argent ne provoque pas d'effets rapidement. Ainsi malgré les deux précédents assouplissements monétaires du début d'année, les entreprises continuent à annoncer quotidiennement des «profit warnings».

Sauveur des marchés

Vendredi et lundi pourtant, les rumeurs d'une intervention hors agenda ont eu le don de doper les marchés qui ont alors relégué aux oubliettes leurs inquiétudes sur les fondamentaux des sociétés américaines. Qualcomm, Sun Microsystems et Motorola lancent des avertissements en fin de semaine? Le Nasdaq n'en a cure. Après avoir flirté avec les –4%, il efface subitement toutes ses pertes durant la dernière heure de la séance de vendredi grâce aux prédictions – d'où les tient-il? – d'un ancien gouverneur de la Fed, Wayne Angell.

Actuellement chef économiste de la maison de titres Bear Steams, ce sauveur des marchés a décrété qu'il existait 60% de chances que la Fed baisse les taux cette semaine. Lundi, il persévère: la probabilité n'est plus de 60% mais de 80%. Bear Steams a changé ses estimations après la confirmation qu'Alan Greenspan allait changer son discours sur la politique monétaire mercredi devant la Cchambre des représentants. Ce texte devait être identique à celui prononcé devant le Sénat le 13 février. On peut donc penser que le président de la banque centrale ait modifié son appréciation de la situation économique et apporte quelques espoirs d'une baisse toute prochaine des taux. Après avoir joué au yo-yo, les grands indices américains clôturaient lundi en forte hausse.

Sombre tableau

Mardi pourtant, les choses semblaient se présenter différemment – mais pour combien de temps? En l'absence d'oracles, les marchés réagissaient à nouveau en début de séance en fonction de paramètres concrets. Ils n'ont tout d'abord pas apprécié le profit warning de Nike. Et ils craignent que Gateway fasse de même. Mais surtout, trois statistiques publiées dans la journée sont venues confirmer la dégradation du climat outre-Atlantique. Tout d'abord, les commandes de biens durables en janvier ont baissé de 6% par rapport au mois précédent alors que les analystes n'attendaient qu'un recul de 2,9%. Ensuite, le Conference Board annonçait une chute de 9 points en février de l'indice de confiance des consommateurs à 106,8 points. Très observé par les spécialistes et la Fed, cet indice se trouve aujourd'hui à son plus bas niveau depuis juin 1996. Le pourcentage de consommateurs qui s'attendent à une reprise a baissé de 13,1% à 11%. Celui des consommateurs qui croient au contraire en une aggravation de la situation a augmenté de 15,2% à 17,8%. Pour parfaire ce sombre tableau, le Département du commerce a pour sa part annoncé que la demande de logements neufs s'est affaissée de 10,9% en janvier par rapport au mois précédent. Les indices ont accusé le coup dés le début de la séance. Le Dow Jones a perdu 0,09%, le S & P500 0,76% et le Nasdaq a plongé de 4,37%. Les mauvaises nouvelles de la journée ne font qu'accroître l'espoir d'une baisse rapide des taux.