Le répit enregistré en fin de semaine dernière n’aura été que de courte durée. Lundi à l’ouverture de Wall Street, les valeurs technologiques sont reparties à la baisse. Ces actions sont malmenées depuis deux semaines, dans le sillage notamment d’Amazon, de Facebook ou encore de Tesla. Depuis la mi-mars, l’indice du secteur affiche une chute supérieure à 6%.

Depuis deux ans pourtant, les grandes sociétés high-tech américaines ont été le principal moteur des records régulièrement battus par les marchés boursiers. Et le débat était de savoir qui d’Apple, de Google ou d’Amazon dépasserait en premier le cap des 1000 milliards de dollars de capitalisation. Ces entreprises sont désormais rattrapées par un sentiment anti-tech, qui a gagné du terrain aux Etats-Unis.

«Volatiles jusqu’à la fin du mois»

«La crainte, c’est un renforcement de la régulation qui amputerait les profits», avance Daniel Ives, analyste chez GBH Insights. Dernier exemple en date: les tweets de Donald Trump s’attaquant à Amazon, l’une de ses cibles préférées. Et après le scandale Cambridge Analytica, Facebook, mais aussi Google et Twitter sont menacés par de nouvelles règles sur l’utilisation des données personnelles des internautes.

Pour certains analystes, cette baisse devait finir par arriver après deux années de hausse. Malgré le récent repli, l’indice sectoriel affiche un bond de 58% depuis le 1er avril 2016. Sur cette période, Amazon a grimpé de 120%, Apple de 79%, Facebook de 36%, Google de 49%, Netflix de 228% et Nvidia de 560%. «Il est de toute façon difficile de maintenir une telle tendance», relativise ainsi Michael Antonelli, du courtier RW Baird.

Dès lors, face à l’accumulation de mauvaises nouvelles, «les marchés cherchent encore l’attitude à adopter», poursuit l’analyste. Et prédit que «les valeurs technologiques devraient être volatiles au moins jusqu’à la publication des résultats trimestriels à la fin du mois». Autre échéance importante: l’audition de Facebook devant le Congrès américain, attendue le 12 avril. De quoi donner le ton sur un potentiel tour de vis réglementaire.

Amazon, victime des tweets de Trump

Si Donald Trump avait promis pendant la campagne de s’attaquer à Amazon, sa victoire n’a pas empêché le géant de l’e-commerce de briller en bourse. Mais il a suffi que le média américain Axios affirme, mercredi dernier, qu’Amazon restait dans le collimateur de l’administration américaine pour faire reculer l’action de plus de 4%.

Donald Trump estime que la société a atteint une taille trop importante, et qu’elle est donc devenue trop puissante. Amazon est particulièrement vulnérable car son bond boursier s’est basé sur des promesses. Sa capitalisation boursière, de 700 milliards de dollars, est ainsi élevée: elle représente 235 fois les profits réalisés en 2017.

Facebook au cœur du scandale

En deux semaines, l’action de Facebook a plongé de près de 14%. La raison: le scandale lié à Cambridge Analytica, une entreprise britannique qui a siphonné les données personnelles de 50 millions de membres du réseau social.

Les marchés redoutent désormais de nouvelles règles imposées par le Congrès, un boycott de la part des annonceurs ou encore un exode des utilisateurs. Plus inquiétant encore, «Facebook montre désormais des signes de problèmes systémiques de management», souligne Brian Wieser, analyste chez Pivotal. Un défi immense pour Mark Zuckerberg, jusque-là acclamé par Wall Street.

Les difficultés industrielles de Tesla

En abandonnant 12%, l’action de Tesla reste sur sa plus mauvaise semaine historique. Le fabricant de voitures électriques est chahuté de toutes parts: les cadences de production de sa dernière berline, le Model 3, sont à la traîne, plus de 120 000 véhicules ont été rappelés et sa fonctionnalité d’aide à la conduite est au cœur d’un deuxième accident mortel.

Les marchés commencent à douter de la stratégie risquée suivie par Elon Musk. D’autant que Tesla, qui n’a livré que 100 000 véhicules en 2017, est valorisé à 45 milliards de dollars, soit autant que Ford. Qui en a vendu 6,6 millions sur la même période.