L'afflux net d'argent frais a atteint 15,4 milliards pour les seules activités de gestion de fortune au deuxième trimestre, contre 9 milliards escomptés en moyenne par les analystes. Walter Berchtold, responsable de la division Private Banking, commente ces résultats.

Le Temps: Comment expliquer l'afflux net d'argent frais de 15,4 milliards de francs au deuxième trimestre supérieur aux attentes?

Walter Berchtold: Différents facteurs ont contribué à cet important afflux de nouveaux capitaux. D'une part, le modèle d'affaires de banque intégrée de Credit Suisse porte peu à peu ses fruits. Beaucoup d'actifs qui ont afflué vers la gestion de fortune ont été générés via la banque d'investissement et la gestion d'actifs pour la clientèle institutionnelle. D'autre part, nous avons pu engager beaucoup de nouveaux conseillers à la clientèle. Sur les 15,4 milliards de francs de nouveaux fonds récoltés au deuxième trimestre, 40% proviennent de conseillers à la clientèle recrutés ces trois dernières années.

- Cette tendance va-t-elle se poursuivre au second semestre?

- Avec l'affaiblissement de la conjoncture et le recul des marchés boursiers, la création de richesse tend à ralentir. En outre, le troisième trimestre est traditionnellement le plus faible.

- L'afflux net de nouveaux capitaux au deuxième trimestre s'est accéléré dans la région Asie-Pacifique alors qu'il ralentit en Suisse et dans la région Amériques comparé aux trois premiers mois de l'année. Comment expliquer le contraste entre ces régions?

- Il est très difficile de tirer des conclusions d'un trimestre à l'autre. En outre, il n'est pas possible d'utiliser les mêmes paramètres pour les marchés de croissance asiatiques et celui de la Suisse qui est saturé. Néanmoins, la région Asie Pacifique progresse fortement, notamment grâce à la mise en place d'une direction pour cette région et au recrutement de nouveaux gérants de fortune. A l'inverse, la Suisse avait déjà bénéficié d'un très bon premier trimestre, ce qui explique cette baisse relative.

- Sur des actifs sous gestion totaux de 773,5 milliards, la Suisse représentait 313 milliards à fin juin. Au sein de ce dernier montant, quelle part appartient à des citoyens américains?

- Les fonds gérés de manière offshore pour le compte de clients américains ne représentent qu'une très petite partie de ce montant. Pour cette catégorie de clients, il faut encore distinguer entre deux sous-catégories. Il y a d'un côté, les affaires offshore gérées pour le compte des clients qui utilisent le formulaire «W 9», soit des citoyens américains basés hors des Etats-Unis et soumis aux autorités fiscales de ce pays s'ils investissent dans des titres américains. De l'autre, il y a les affaires de la gestion de fortune offshore traditionnelles. Les pressions récentes se sont surtout accentuées sur ce dernier segment.

- Les clients offshore déclarent-ils cet argent ou non?

- Pour cette catégorie de clients, il n'est pas du ressort de Credit Suisse de savoir quel argent est déclaré ou non. Cette décision incombe au client lui-même. Nous gérons les affaires offshore, comme toutes les autres, en conformité avec les lois et règlements en vigueur.

- Les clients américains sont-ils particulièrement attentifs aux développements en cours aux Etats-Unis?

- Les clients américains sont informés à propos des dispositions qui les concernent, telles que «QI». Il faut en outre préciser que la gestion offshore pour les clients américains ne représente qu'une partie infime de nos activités de banque privée.

- Pour éviter tout risque juridique aux Etats-Unis, serait-il néanmoins envisageable que Credit Suisse renonce entièrement à ses activités offshore pour les clients américains, à l'instar d'UBS?

- Cela dépend de l'évolution des directives américaines à ce sujet. Il est encore beaucoup trop tôt pour prendre une décision.

- Vos conseillers à la clientèle voyagent-ils encore aux Etats-Unis?

- Nous avons une instruction interne qui régit les voyages et qui est régulièrement revue, et si nécessaire adaptée. Actuellement, il n'y a pas d'interdiction de voyager aux Etats-Unis pour les conseillers à la clientèle.