Les spéculations vont bon train autour des raisons qui ont motivé Wan Ling Martello à quitter son fauteuil de directrice générale de la région Asie-Océanie-Afrique et de membre du conseil d’administration de Nestlé. Serait-elle en conflit avec le patron du groupe, Mark Schneider, qui l’avait coiffé au poteau dans la course à la succession de Paul Bulcke en décembre 2016, alors même qu’elle était donnée favorite? Ou a-t-elle été séduite par les sirènes de l’un ou l’autre concurrent de Nestlé, notamment Unilever, qui cherche son prochain numéro un?

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Au siège de la multinationale, on se montre un brin attristé par cette démission, rendue publique jeudi. «Conflit? Pas du tout, répond un cadre. Les deux ans passés avec Mark Schneider ont été très amicaux et elle était vraiment appréciée dans la maison. Wan Ling Martello a beaucoup apporté à l’entreprise et a surtout redressé la mauvaise situation qui prévalait, notamment en Chine et en Inde, avant son arrivée en 2011.» A présent, la zone Asie-Océanie-Afrique est celle qui croît le plus pour la multinationale. Dans le communiqué officiel annonçant son départ, Mark Schneider dit respecter, mais regretter, la décision de sa collaboratrice.

Une perte pour Nestlé

Les analystes qui scrutent les activités de la multinationale veveysanne se disent pris de court par la décision de Wan Ling Martello. Dans une note de Vontobel publiée jeudi, Jean-Philippe Bertschy exprime son regret et se dit surpris par le choix de son successeur. Elle sera en effet remplacée par Chris Johnson, l’actuel chef des relations humaines, au service du groupe depuis trente-cinq ans. «J’espère qu’il s’agit d’une solution temporaire visant à faciliter la transition», poursuit l’analyste de Vontobel. Pour sa part, Christophe Laborde, de la banque Bordier, se contente de déclarer au Temps que la démission de Wan Ling Martello «constitue une perte pour Nestlé».

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«Nous sommes nous-mêmes curieux de savoir où elle va atterrir», poursuit notre interlocuteur à Vevey. Sur son site internet, le Financial Times rappelle que la multinationale anglo-néerlandaise Unilever, connue notamment pour sa marque de savon Dove et celle de crèmes glacées Ben & Jerry, cherche le successeur de son directeur Paul Polman depuis une année. Le journal suggère que la démissionnaire de Nestlé pourrait faire une candidate idéale. Et de citer un analyste: «Le départ de Wan Ling Martello laissera un vide qui sera difficile pour Nestlé à combler.»

Américaine aux racines chinoises

De nationalité américaine aux racines chinoises et ayant grandi aux Philippines, Wan Ling Martello est une femme d’expérience. Avant de venir à Nestlé en tant que responsable des finances, elle avait fait ses preuves chez Kraft Foods, Nielsen et Walmart aux Etats-Unis. Elle n’était pas disponible jeudi pour commenter sa démission, qui prendra effet à la fin de l’année, mais dans une note reçue par Le Temps, elle exprime sa fierté d’avoir travaillé pour le géant alimentaire suisse ainsi que pour la promotion de la femme et la durabilité en Asie et en Afrique.