La nouvelle pourrait surprendre l'observateur non averti. Le richissime investisseur américain Warren Buffett – ou plus précisément sa société d'investissement Berkshire Hathaway – investit, conjointement avec Munich Re, leader mondial de la réassurance, et Converium, réassureur zurichois occupant le huitième rang mondial, pour prendre le contrôle du leader mondial de l'assurance transport aérien. Les trois sociétés ont repris 90% de la société de gestion Global Aerospace Underwriting Managers (GAUM) aux assureurs britanniques Aviva Plc et Royal & Sun Alliance Insurance Group Plc.

Les trois acquéreurs contrôlent donc chacun 25% de la société et une part équivalente (dès le 1er janvier 2003) du pool de réassurance Transport aérien mondial géré par celle-ci. «La prise de participation de 25% dans Global Aerospace et l'augmentation de 9% à 25% de notre part au pool de couverture dans le segment du transport aérien marquent une étape majeure dans la mise en place de notre stratégie. Nous comptons aujourd'hui parmis les six principaux réassureurs mondiaux dans le segment de l'assurance aérienne et spatiale» précise Mario Montelatici, responsable du Global Center of Excellence Aviation & Space de Converium. Pour acquérir 25% de Global Aerospace, Converium affirme pourtant s'être engagée à débourser moins de 45 millions de dollars. Avec GAIC (une filiale de Great American and Insurance Group), GAUM passe pour l'un des leaders de l'assurance dans le transport aérien mondial. Basé à Londres, GAUM est né l'an dernier de la fusion de British Aviation Insurance Group et de l'américain Associated Aviation Underwriters et enregistre un volume annuel de primes de plus de 1 milliard de dollars.

Si l'on sait que depuis les attentats du 11 septembre, les primes d'assurances relatives au transprort aérien ont enregistré des hausses vertigineuses, qui se sont stabilisées entre-temps, certains observateurs s'inquiètent des risques qui planent encore sur ce secteur. Même si entre-temps les couvertures d'assurances ont été fortement limitées. A tel point que Robin Savage, analyste auprès de la banque WestLB Panure, juge l'opération de désengagement des deux assureurs britanniques «très raisonnable»: «Les deux compagnies admettent par là que l'assurance transport aérien présente des risques élevés.»

Chez Converium en revanche, «le risque, c'est notre métier» justifie Mario Montelatici. Analyste auprès de Pictet & Cie à Genève, Tim Dawson juge l'opération favorable pour Converium qui augmente ainsi sa présence sur un marché où les couvertures d'assurances ont été fortement réduites. Le marché a d'ailleurs plutôt réagi favorablement à la nouvelle: l'action Converium a en effet clôturé en hausse de 1,4% à 63,9 francs jeudi à la Bourse suisse. Mais en même temps, le titre Royal & Sun a bondi lui de 7,2% à Londres. C'est que pour les deux assureurs britanniques, le désengagement s'inscrit dans le cadre d'un recentrage général sur des métiers moins risqués.

Pour «le sage de Omaha», soit le multimilliardaire américain Warren Buffett qui a subjugué la communauté financière en se tenant à l'écart de mirages de la Nouvelle Economie, cette prise de participation ne marque qu'une étape de plus dans sa volonté d'augmenter son exposition au marché de l'assurance sur le transport aérien. «L'approche de Berkshire Hathoway me paraît justifiée car la hausse des primes dans ce genre de couverture est durable» commente de son côté Craig Bourke, analyste auprès de BNP Paribas à Londres, cité par l'agence Bloomberg. Depuis avril, Berkshire Hathaway fait déjà fait équipe avec d'autres assureurs, parmi lesquels l'allemand Allianz, pour développer l'offre d'assurance contre le terrorisme.