Geely, l’une des marques automobiles chinoises parmi les plus en vue, annonçait en février un partenariat avec GB Auto, un assembleur au Caire, pour monter des voitures à partir des pièces détachées importées de Chine. Cette entreprise en assurerait la distribution dans toute l’Afrique du Nord. Toujours en début d’année, le constructeur Great Wall Motors inaugurait une usine de montage en Bulgarie, avec l’objectif de produire 4000 voitures par an, en assemblant des pièces fabriquées par la maison mère en Chine. Cette usine a une capacité de produire jusqu’à 50 000 unités. A terme, la Bulgarie pourrait servir de tête de pont pour écouler des voitures «Made in China» en Europe.

Les Etats-Unis, autrefois premier producteur mondial, ne voient pas cet essor d’un bon œil. D’autant plus que, selon eux, il est le résultat des subventions illégales accordées par Pékin à son industrie automobile. Washington affirme que cette concurrence déloyale a permis à la Chine de multiplier ses exportations de voitures et de pièces par neuf entre 2002 à 2011, pour atteindre 69 milliards de dollars. C’est pourquoi Washington a déposé une plainte lundi auprès de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) contre Pékin, l’accusant de verser des aides illégales qu’il estime à un milliard de dollars entre 2009 et 2011.

Selon la procédure, la Chine dispose de 60 jours pour trouver une solution à l’amiable. Faute de quoi, l’Organe de règlement des différends de l’OMC nommera un «panel» pour statuer sur le conflit.

Le contexte électoral américain n’est pas étranger à cette démarche. La «déclaration de guerre» a été programmée pour être prononcée par le président Barack Obama lundi soir lors d’un meeting dans l’Ohio, Etat très disputé entre républicains et démocrates, crucial à l’élection présidentielle, et dans lequel l’industrie automobile est reine.

Pour la presse américaine, l’initiative des démocrates constituerait une réponse au candidat républicain Mit Romney qui ne cesse de mitrailler le président Obama pour sa «timidité» vis-à-vis de Pékin. «Je veux m’assurer que si un pays triche comme la Chine triche, nous ne les laisserons pas continuer», ne cesse de marteler le camp conservateur. Dans son programme électoral, Mit Romney promet de sanctionner la Chine dès le premier jour de son élection.

En juillet 2012, l’industrie automobile américaine employait 800 000 travailleurs, sans compter quelques millions d’emplois indirects. En 2011, elle a exporté des voitures et des pièces pour 123 milliards de dollars. C’est cette manne et des emplois qui seraient, selon Washington, menacés par les subsides illégaux de Pékin.

Les diplomates chinois avaient-ils anticipé l’initiative américaine? En tout cas, ils étaient les premiers lundi matin à se rendre à l’OMC pour déposer une plainte contre les Etats-Unis, les accusant d’imposer des taxes douanières punitives contre des produits d’origine chinoise, non automobiles, sous prétexte qu’ils sont vendus au-dessous de leurs coûts de fabrication. Mais Pékin impose aussi des taxes antidumping sur de nombreux produits américains.

Mit Romney promet de sanctionner la Chine dès le premier jour de son élection à la Maison-Blanche