Washington exhorte à nouveau Pékin à laisser monter sa monnaie

Devises Un rapport officiel critique l’ambivalence des autorités chinoises

En trois mois, le yuan a perdu 2,7% face au dollar

C’est reparti pour un tour. Mardi, Washington a ravivé une polémique vieille de plusieurs années. Dans son rapport semestriel sur la politique de change des grands partenaires commerciaux des Etats-Unis, le Trésor américain s’en prend à nouveau à la Chine.

Le ton reste poli, mais il est de plus en plus ferme. Les Etats-Unis évitent encore et toujours de parler de «manipulation», un quali­ficatif qui offrirait au Congrès le droit d’imposer des sanctions commerciales à la Chine. En revanche, le texte prie instamment Pékin de laisser davantage les marchés décider du juste cours du yuan. «Un certain nombre de signes montrent que l’ajustement du taux de change demeure incomplet et que la monnaie doit encore s’apprécier pour atteindre une valeur d’équilibre», condamne le rapport présenté aux sénateurs et aux parlementaires.

Le choix de Washington de ressortir ce récurrent dossier bilatéral a étonné les observateurs. Du moins par son timing. Car Pékin, il y a un mois à peine, prenait toute la communauté financière par surprise en annonçant que la marge de fluctuation journalière du yuan était désormais doublée. L’espace de liberté accordée à sa monnaie, autour de la valeur pivot du dollar, passait de 1 à 2%.

Une décision justifiée par la ­volonté de «satisfaire les demandes du marché et d’augmenter la force d’un taux de change déterminé par le marché», selon la banque centrale de Chine (PBOC).

Cette manœuvre d’ouverture est en fait motivée par la volonté de Pékin de lutter contre les flux spéculatifs qui vont et viennent dans le pays, de démontrer aux opportunistes que le yuan n’est pas une assurance tout risque et qu’il peut aussi baisser. D’ailleurs, cela faisait alors plusieurs semaines que la PBOC orchestrait une dépréciation de la devise. En quelques semaines, sa valeur avait reculé de presque 2% face au dollar. Un mouvement d’une ampleur inédite dans l’histoire moderne du renminbi.

C’est précisément cette initiative qui a déplu aux Américains. «Les récentes évolutions pourraient soulever de sérieuses inquiétudes, si elles devaient présager d’une résistance renouvelée à son appréciation et d’un abandon de la volonté de réduire les interventions», prévient le rapport du Trésor. Qui, en clair, regrette qu’après une appréciation du yuan en 2013, qu’il juge déjà insuffisante, «la tendance se soit inversée».

«La tendance de fond ne va pas changer, a répondu mercredi une porte-parole du Ministère des affaires étrangères à Pékin. La Chine continue de réformer son mécanisme de taux de change et espère que les Etats-Unis vont adopter une attitude constructive et coopérative.» Le gouvernement américain, lui, milite aussi pour une plus grande transparence sur l’interventionnisme chinois dans le marché des changes. Et il prend en exemple d’autres grands émergents, comme le Brésil ou la Russie.

Ce que veulent vraiment les Etats-Unis? «Que le dollar s’affaiblisse face au yuan», résume depuis Chicago Jim Bianco, président du bureau de recherche éponyme, cité par Bloomberg. Ainsi, leurs exportateurs regagneraient en compétitivité, face à la concurrence chinoise.

D’ailleurs, le rapport du Trésor s’en prend aussi à d’autres pays qui travaillent à affaiblir leur monnaie, comme le Japon. Il ­appelle aussi les Allemands à consommer davantage pour augmenter les importations et rééquilibrer la balance excédentaire du moteur économique européen.

La Chine «espère que les Etats-Unis vont adopter une attitude constructive et coopérative»