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Washington frappe l’antenne suisse de BNP Paribas dédiée aux matières premières

La banque française pourrait encourir une amende de 10 milliards de dollars aux Etats Unis. Son entité genevoise était au cœur des opérations reprochées avec l’Iran, le Soudan ou Cuba

Washington frappe BNP Paribas à Genève

Négoce La banque française pourrait encourir une amende de 10 milliards de dollars aux Etats-Unis

Son entité genevoise était au cœur des opérations reprochées avec l’Iran ou Cuba

La menace d’une sanction américaine de 10 milliards de dollars annoncée via le Wall Street Journal contre BNP Paribas – plus de deux fois le montant de celle qui a frappé BP pour sa pollution du golfe du Mexique – concerne directement son antenne genevoise. En effet, selon nos informations, une grande partie des opérations avec l’Iran, le Soudan ou Cuba jugées litigieuses par les Etats-Unis passaient par ses services de financement de cargaisons de matières premières. Contactée à Genève et à Paris, la banque française ne fait aucun commentaire.

Sur les 1700 employés du groupe à Genève, plus de 400 travaillent en lien avec le commerce de pétrole et de produits comme les céréales ou les minerais. Est-ce la fin annoncée de leur rôle clé dans le monde du négoce? «La crainte d’une restructuration d’ampleur circule en interne», admet un cadre. «Tout dépendra de la direction stratégique que prendra le siège», explique un collègue.

A l’époque des faits reprochés par les Etats-Unis – entre 2002 et 2009 –, l’entité genevoise était dirigée par Jacques-Olivier Thomann, qui fut également le président du lobby du négoce lémanique, le GTSA. Contacté, ce dernier – qui a quitté son poste en 2012 sans en détailler les raisons – se refuse à tout commentaire. Son départ avait été l’occasion pour le groupe français d’évincer la génération des vieux routiers du négoce pour placer des cadres venus du siège, à commencer par son remplaçant, Philippe de Gentile.

La réduction de son rôle dans le financement du négoce par BNP Paribas ne serait pas un séisme pour le secteur lémanique des ­matières premières, à en croire le GTSA. «Les maisons de négoce ont déjà tendance à diversifier leurs sources de financement – Rabobank, HSBC ou Standard Chartered n’opèrent pas de Genève», tente de rassurer le responsable du GTSA, Stéphane Graber.

BNP Paribas est accusée d’avoir contourné les sanctions améri­caines contre l’Iran, le Soudan ou Cuba. Ces transactions, selon la banque, n’étaient pas illégales en Suisse ou dans les pays européens, qui n’avaient pas pris de sanctions comparables. Mais les Etats-Unis entendent les punir en raison de l’usage du dollar, véhicule privilégié du commerce de matières premières.

BNP Paribas est le premier établissement à avoir rendu à Washington les conclusions de sa revue rétrospective de huit ans de paiements en dollars dans les pays sous le coup de sanctions. D’autres s’apprêtent à le faire: Crédit Agricole – autre acteur clé de la scène genevoise des matières premières – ou Société Générale. Evoquant une «chasse aux sorcières», Christian Weyer, ancien patron de Paribas à Genève dans les années 80, estime que ces pressions «pourraient décourager ces groupes de poursuivre leur financement du négoce avec des pays présentant un risque politique». Le patriarche du secteur rappelle que, dans les années 90, les Nations unies en personne avaient désigné BNP Paribas comme la «trésorière du programme Oil for Food» lié aux sanctions américaines contre l’Irak. En vingt ans, l’attitude de Washington aura donc totalement basculé.

D’autres groupes financiers – Lloyds TSB dès 2009 puis HSBC, ING ou Standard Chartered – ont déjà essuyé de lourdes sanctions en raison de leurs activités en lien avec l’Iran. Le total des amendes jusque-là imposées par Washington n’atteint pas la moitié de celle qui pourrait frapper BNP Paribas.

Un ancien responsable des activités liées au négoce à Genève dénonce une véritable «chasse aux sorcières»

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